Les Fausses Confidences^ acte 1, se. Yii
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sentiments, qui fait le triomphe de Marivaux, n'est nulle part plus adroitement conduite et plus ingénieusement motivée que dans cette pièce des Fausses Confidences^ son chef-d*œuvre avec le Jeu de V Amour et du Hasard^. Le spectateur est non seulement séduit, mais chaVmé, car la vraisemblance est partout dans un événement si extraordinaire. Dorante est pauvre; il est passionnément amoureux; un valet rusé lui ménage les honneurs de la discrétion, en dévoilant à Araminte le sentiment qu'elle inspire. Peut-elle s*en fâcher? Dorante est d'autant plus intéressant à ses yeux que tout le monde s'acharne contre lui, son oncle, la mère d'Âraminte, un rival ; il n'a que la jeune veuve pour le défendre. Celle-ci n'y manque pas, et, à force de le protéger, elle éprouve pour lui plus que de l'intérêt: il a si < bonne façon ^! > Il peut maintenant avouer luimôme sa flamme ; il sera écouté sans courroux ; encore quelques attaques de la part de ceux dont les tracasseries impa-
1 . II eet môme assez difficile de décider laquelle des deux l'emporte sur Tantre. Geoffroy est tombé à ce sujet dans une contradiction piquante, mais très naturelle. Dans son Cours de littérature dramatique, il écrit : c Je regarde les Fausses Confidences comme le chef-d'œuvre du théâtre de Marivaux. > (Tome III, p. 221.) Et, quelques pages plus loin, à propos du Jeu de l'Amour et du Hasard (p. 224) : « C'est à mon gré, son chef-d œuvre. > Un critique contemporain, M. Clément Caraguel, dans un intéressant parallèle entre les deux pièces {Journal des Débats, 9 juillet 1877), se prononce en faveur du Jeu de r Amour et du Hasard, Le caractère, ou du moins le rôle de Dorante, lui gâtent les Famses Confidences, et Ton comprend très bien un sentiment dont M. Edouard Thierry déduit avec force les raisons dans une appréciation citée ci-après. Quant au Dorante du Jeu de V Amour et du Hasard, on verra bientôt (p. 267, n. 1) pourquoi M. Caraguel le trouve de beaucoup plus sympathique. M. D. Nisard (t. Ui, p. 219) les met sur la môme ligne.
Th. Gautier leur préfère la première Surprise de V Amour, qu'il déclare la meilleure « et la plus remarquable de toutes les pièces de Marivaux. » « C'est celle, dit-il, où il a poussé le plus loin le système qui consiste à tirer des sentiments seuls toutes les péripéties qui ordinairement sont le produit des circonstances extérieures. On prétend que cela n'est pas dramatique ; il faudrait voir de bons acteurs dans une pareille pièce. » {L'Art dra» matique,i, V, p. 292.) Le directeur actuel de la Comédie-Française, M. Êm. Perrin, pense à ce sujet comme Th. Gautier; il nous faisait part récemment au cours d'une conversation sur Marivaux, de son désir de remettre un jour à la scène cette Surprise de tAmour, un chef-d'œuvre ignoré, disait-il. Cette tentative sera d'autant plus intéressante que « les bons acteurs » désirés par Th. Gautier en 1848 ne manquent pas aujourd'hui à la Comédie- Française et que la pièce charmante qui révéla Marivaux à Sylvia (voy. ci-dessus p. 58) n'a pas été jouée en France depuis plus de trente ans.