‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 138 sur 445 · Les Fausses Confidences, acte I, scène vi · texte numérisé non relu

Les Fausses Confidences, acte I, scène vi

tientent de plus en plus Araminte, elle épousera Dorante pour assurer à la fois sa propre indépendance^ son repos et son bonheur ^

Marivaux triomphe encore dans la peinture de Tingénue*, tantôt d'une grâce piquante, d'un esprit déjà éveillé, telle est Angélique de l'Ecole des Mère8% un excellent rôle de jeune fille^ digne pendant, par son espièglerie mutine, de celui de Sylvia^ tantôt fiëre, candide et droite, désarmant d'injurieux

1. Dans un article récent cur les Fausses Confidences, M. Edouard Thierry a étudié de très près le rôle d'Araminte, et, se plaçant à un point de ▼ue tout nouveau, a montré ce qu'il y a de pénible pour le spectateur, de cruel pour Araminte, dans le rôle que lui font jouer Dubois et Dorante : « Araminte est la femme calme et sensée, raisonnable, toute bienveillance et toute bonté, si peu coquette qu'elle ne songe pas à se défendre ni des autres ni d'elle-même, qu'elle peut prendre un intendant jeune et de bonne mine sans s'aviser d*y faire attention et sans craindre qu'on le remarque plus qu'elle. Toute la manœuvre de Dubois est bien fondée làdessus. 11 a bien compté que la belle veuve (je n'ai pas dit la jeune veuve pour ne pas donner une fausse impression; Dorante touche à ses trente ans et je ne crois pas qu'il soit Talné d'Araminte ; elle n'aurait pas vis-ivis de lui je ne sais quel sentiment qui tient de ki mère), Dubois a bien pensé que la belle veuve se livrerait par trop de sécurité. De la sécurité et de l'indulgence, les résolutions incertaines, le parti pris ajourné, la sar-^ prise, toujours la surprise de l'amour, et, lorsque Araminte en sera là, on \ aura bon marché d'elle. Dubois s'explique là-dessus aussi crûment que possible : tf Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle se débattra tant, elle deviendra si faible, qu'elle ne pourra se soutenir qu'en épousant. » Je ne sais qu'un mot plus cruel, celui du troisième acte : a Oh oui I point de quartier. Il faut l'achever pendant qu'elle est étourdie. > Quelle que soit mon admiration pour Uarivaux, j'avoue que celui-là me gâte toute la pièce.... Lorsque Araminte souiTre davantage, lorsque cette honnête femme trahie par la générosité de son cœur, trahie par le hasard aussi bien que par l'intrigue, dupée par un mystiflcateur impudent, passe par tous les démentis, par toutes les malheureuses découvertes, par toutes les humiliations et toutes les rougeurs que celui-ci lui prépare, la pièce devient insupportable, b (Revue de France j 15 mars 1881.) îious ne partageons pas en tout point la manière de voir de M. Thierry, qui nous paraît assoml>rir par trop une aimable pièce ; mais elle nous a paru asses originale et personnelle pour être citée en entier.

2. C'est même une des qualités particulières à son théâtre : c De jolis rôles d'ingénues^ on en trouve (dans l'ancien répertoire), mais ils sont courts.... Dancourt en a quelques parties qui donnent un espoir; mais elles le trompent de suite.... Il n'y a que Marivaux qui fasse des scènes développées et complètes pour les jeunes filles, comme pour les femmes et les mères. > (Ed. Thierry, Hevue de France, 15 janvier 1879.)

3. Duviquet (t. II, p. dl9et suiv.) et M. Ed. Fournier, après et d'après lui (p. XXXII, il répète l'expression même du Duviquet, appelant VÉcoie des Mères une « conlre-épreuve a de ï École des Femmes)^ se montrent trop

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