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2. Voy. notamment sa conversation avec H. Damis, se. xii. — Mais quelle différence entre ces in|céaues de Marivaux, qui restent toujours décentes, même dans leurs mutineries et leurs curiositfo piquantes, et les jeunes filles de Regnard, si inquiétantes d'allures ! Les premières sont de celles qu'on épouse, mais les secondes? « Dans le Disirait ^ dit M. Lenienl, quand M*"" Grognac, la belle-mère, vient annoncer à Léandre qu'elle lui accorde sa fille, Léandre, toujours étourdi, répond : o En mariage? » Et en effet, on serait tenté de croire parfois que les jeunes filles de Regnard peuvent se donner autrement. Elles ont déjà l'aplomb et l'allure des dames d'un certain monde, qui jouent un grand rôle aujourd'hui sur notre théâtre. » {Regnard, dans la Revue des cours littéraires du 6 avril 1867.) Sans aller jusqu'à cette liberté d'allures et de langage, il faut reconnaître que, depuis Marivaux, les ingénues se sont grandement émancipées et ne ressemblent plus guère à Agnès. Un court dialogue, emprunté à un proverbe d'A. de Musset, VAne et le Ruisseau (voy. ci-dessus, p. 199, n. 1), donne une idée de cette transformation :
« La comtesse. — M. de Pré vannes est un ami sûr, un homme de cœur, tout i fait capable de servir de guide, dans ses premiers pas, à une enfant qui, ne t'en déplaise....
Marguerite. — Lui, me servir de guide!.... Ah! je prétends bien... pour cela, nous verrons....
La cohtessb — Sans doute, tu prétends bien....
Marguerite. — Oui, je prétends, s'il a du cœur et de Thonneur, en avoir
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génue de tout à l'heure pourra devenir un jour la marquise ou la comtesse de V Heureux Stratagimef celle-ci ne saurait ressembler jamais qu'à la veuve des Fausses Confidences. Lucidor lui impose une épreuve qui va, nous Tavons dit, jusqu'à la cruauté : c Tout sûr que je suis de son cœur, déclare-t-il, je yeux savoir à qui je le dois, et si c'est l'homme riche, ou seulement moi qu'on aime ^ 9 II lui présente donc son valet Frontin comme prétendant, et prétendant fort riche ; mais Frontin a beau déployer ses grâces d'antichambre, se croire irrésistible avec la plus amusante fatuité, Angélique répond à ses empressements par ce refus d'un mépris écrasant : « Je vous dirai, Monsieur, que je serais morti6ée, s'il fallait vous aimer. Non que vous ne soyez fort aimable, pourvu que ce ne soit pas moi qui vous aime. Je ne finirai point de vous louer, quand ce sera pour une autre.... Ce n'est pas moi qui ai été vous chercher, une fois ; je ne songeais pas à vous, et si je j'avais pu, il ne m'en aurait pas plus co&té de vous crier: Ne venez pas 1 que de vous dire: Allezvous-enM» (l'est Lucidor qu'elle aime, malgré l'espèce d'intérêt presque insultant qu'il lui témoigne ; jamais elle n'a eu à rougir d'un calcul intéressé, et son amant ne peut plus en douter après les deux ravissantes scènes où elle laisse voir la pureté candide de son àme^.
De tels caractères, Araminte, Sylvia, Angélique, sont d'un charme pénétrant : ils montrent enfin l'amour vrai à la place
tout autant que lui ; je prétends savoir me conduire ; je prétende qu'on ne me gaide pas ; je ne loulfrirai pas qu'on me guiite ; je sais ce que j*ai à faire, apparemment; je prétends être maîtresse chez moi. » (Se. i.)
Nous empruntons cette citation à celui de nos auteurs dramatiques qui se rapproche le plus de Marivaux par le tour de l'observation et les milieux où il prend ses personnages. Chei les autres, dans un cadre plus large, nous trouvons les mêmes ingénues, volontaires, vives, décidées. Voy., par exemple, Fernande Marérbal, dans le Fils de Giboycr de M. Emile Augier, et Hermine Slemay, dans le Fils naturel de M. Alexandre Dumas fils.