LES VALETS; LEUR NOUVEAUTÉ
distinction. Ces valets ne sont pas, comme dans Molière, d'effrontés coquins, parfois dignes de la potence ou des galères ; tout au plus sont-ils fripons. Et encore ! On pourrait presque dire d'eux, ce que, dans une comédie du temps, une soubrette dit de son camarade :
n peut bien, par hasard, avoir l'air d'an fripon, Mais, dans le fond, il est fort honnête garçon ^.
Voyez leur façon presque honnête de vendre un secret; ils refusent d'abord, puis se ravisant : a Du moins faudrait-il savoir auparavant de quoi il s'agit. » Ou bien encore : a Je prends; le respect défend que je raisonne'. » Sans doute, ils sont légers de scrupules et professent que, c pour se mettre à son aise, il faut quelquefois risquer son honneur^, » mais ils n'auront gu^re ce que Scapin appelle < des démêlés avec la justice *. » Plusieurs sont plutôt des amis de condition inférieure, des espèces de confidents comiques que de véritables valets ; l'un d'eux dit en parlant de son maître : « J'ai l'honneur d'être son associé ; c'est lui qui oi*donne, c'est moi qui exécute ^. » Ces maîtres, ils les imitent en toute chose, suilout en amour. La plupart des pièces de Marivaux sont en partie double: valets et soubrettes copient à leur profit l'intrigue que poursuivent leurs maîtres®.
Trois de ces valets sont de véritables créations : Dubois des
1. Lisette, en parlant de Frontin, dans le Méchant, de Gressel, acte V, scène ix.