V École des Mères, scène xix
3. Dis Serments indiscrets^ acte III, scène iv. — Pour trouver au théâtre des pères semblables à ceux de Marivaux, bons et fermes tout ensemble, d'une fermeté tempérée d'indulgence et d*adresse, il faut remonter jusqu'à la comédie grecque, non pas celle d'Aristophane, mais celle de Ménandre. Cbes ce dernier, l'autorité paternelle est attentive, doucement grondeuse, charmante de vraie bonhomie, et par cela même, acceptée sans révolte et respectée sans effroi. Voy. à ce sujet les deux ouvrages déjà cités de MM. Ch. Benoit (Essai sur la comédie de Ménandre , chap. V, p. 57 et suiv.) et G. Guilot (Ménandre y chap. VU, p. 29 et suiv.). On trouve dans les fragments du poète quantité de traits charmants sur la tendresse paternelle; quelques-uns même offrent une ressemblance singulière avec certains passages de Marivaux. Pour nous en tenir à ceux que nous avons cités de ce dernier, ne retrouve-t-on pas la réplique de Frontin dans ces vers de Ménandre ?
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(Stobée, Serm,, Lxxxui, 4.)
« Le plus dur envers son fils, dans ses remontrances, est amer en paroles, il est vrai; mais, quand il faut agir, il reste père? » Et encore :
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« Sache que c'est le père le plus aimant qui est le plus prompt à s'em** porter. »
Il n'y a point de réflexions semblables dans Plante» qui imite surtout les
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Nous ne pouvons leur adresser qu'un reproche à ces pères si aimables^ c'est de pousser parfois la bonté trop loin ; il arrive que leurs tilles en abusent et leur manquent de respect. Dans une scène de folie simulée, qui rappelle la plus joyeuse fantaisie de RegnardS M. Argante poussé à bout par les extravagances voulues de sa fille s'écrie : c Je vous montrerai que je suis votre père I » Et M"* Argante de répondre : c Je n'en ai jamais douté; je vous dispense de la preuve, tranquillisezvous*. » Ici Marivaux a forcé le ton; la plaisanterie nous choque, surtout dans la bouche d'une jeune fille.
Mais, si Marivaux a représenté les pères toujours aimables et bons, parfois débonnaires, comme il s'est dédommagé avec les mères! Celles-ci sont presque toutes grondeuses et revôches, cupides et vaines. Sous le nom commun de M*"* Argante, elles tiennent plutôt de la caricature que de l'observation : comme le traître dans les mélodrames modernes, elles semblent uniquement destinées à faire valoir les qualités aimables des autres personnages,et à rendre leurs filles encore plus sympathiques. Quant à leurs maris, il n'en est pas question ; elles sont veuves, comme si un homme n'avait d'autre sort possible avec elles que de mourir au plus tôt. Dans les Faiiss3S ConfidenceSy M"* Argante n'a conservé de relations avec sa fille, désormais maîtresse d'elle-même, que pour la tracasser et lui jeter à la tète le triste et plaintif comte Dorimont, à qui la qualité doit tenir lieu de tout. Dans VÉcole des Mères, elle réussit à mériter l'aversion de sa fille, aimante et bonne cependant, et jamais l'autorité maternelle ne parla plus aigre langage que par la bouche de cette impérieuse personne. Admirez avec quelle douceur, dans ÏÉpreuve^ elle prépare sa fille au mariage : € Approchez, Mademoiselle, approchez ; n'étes-vous pas bien sensible à l'honneur que vous fait monsieur de venir vous épouser malgré votre peu de fortune et la médiocrité de votre état?» Frontin ne peut s'empécber de remarquer : a Ah ! madame
poètes de l'ancienne et de la moyenne comédie ; mais il y en a beaucoup dans Térence, imitateur et souvent traducteur de Ménandre. On trouve chez Téreoce de charmants caraclôres de pères : Simon de VAndrienne, Laniprias des Adeiphes^ et surtout Ménédème du Bowreau de soi-même.