LE PROCUREUR REMY
M. REMY, élevant la voix.
Celui-ci est nouveau ! Mais, Madame, dès ({u'il n'est pas à vous, il me semble qu'il n'est pas essentiel qu'il vous plaise. On n'a pas mis dans le marché qu'il vous plairait ; personne n'a songé à cela, et, pourvu qu'il convienne à madame Âraminte, tout le monde doit être content. Tant pis pour qui ne l'est pas. Qu'est-ce que cela signiûe ?
M"« ARGANTE
Mais vous avez le ton bien rauque, monsieur Remy !
M. REMY
Ma foi, vos compliments ne sont pas propres à l'adoucir, madame Argante.
M"« ARGANTE
Votre Dorante est un impertinent.
M. REMY
Bagatelle ! ce mot-là ne signifie rien dans votre bouche.
M"« ARGANTE
Dans ma bouche ! A qui parle donc ce petit praticien ? Monsieur le comte, est-ce que vous ne lui imposerez pas silence ?
M. REMY
Gomment donc ! m'imposer silence à moi, procureur I Savez-vous bien qu'il y a cinquante ans que je parle, madame Argante?
M"" ARGANTE
Il y a donc cinquante ans que vous ne savez ce que vous dites ^.
M*^ Argante a le dernier mot^ mais pas pour longtemps, et M. Remy va prendre sa revanche.
Les caractères que nous venons d'analyser n'ont pour but que de faire rire, en amenant quelques scènes plaisantes ; il en est d'autres, dans le théâtre de Marivaux, qui laissent voir une intention satirique, et de leur étude se dégage une leçon. Plusieurs fois les rôles de valets sont de ce genre, mais nous les avons assez longuement traités pour n'y plus revenir. Ailleurs,