L'AMOUR SOUS LA RËGENGE
et ]a paresse. Avec moi, le méchant rougissait de rôtre. L'espoir de plaire, l'impossibilité d'y arriver autrement que par la vertu, forçaient son ftme à devenir estimable. De mon temps, la Pudeur élaiJt la p^us estimable des grâces.
Délicate peinture, digne du sentitnent qu'elle décrit, touchante oraison funèbre, animée d'un regret mélancolique, den*ière lequel se dissimulent comme un sourire et une pointe d'aimable raillerie pour ces grâces fanées ^
Gupidon riposte, avec esprit, il faut le reconnaître, et sauve la faiblesse de sa cause à force d'entrain et de gaieté :
Eh bien! il ne faut pas tant de bruit; c'est encore de même. Je n'en connais point de si piquante, moi, que la Pudeur. Je l'adore et mes sujets aussi, lis la trouvent si charmante, qu'ils la poursuivent partout où ils la trouvent. Mais je m'appelle l'Amour; mon métier n'est pas d'avoir soin d'elle. 11 y a le Respect, la Sagesse, l'Honneur, qui sont commis à sa garde, voilà ses officiers ; c'est à eux à la défendre du danger qu'elle court, et ce danger, c*cst moi. Je suis fait pour être son vainqueur ou son vaincu. Nous ne saurions autrement vivre ensemble, et sauve qui peut. Quand je la bats, elle me le pardonne ; quand elle me bat, je ne l'en estime pas moins, et elle ne m'en hait pas davantage.... Minerve, toute la nature est intéressée ^ ce que vous renvoyiez ce garçon-là. 11 va l'appauvrir à un point qu'il n'y aura plus que des déserts. Vivra-t-elle de soupirs ? 11 n'a que cela de vaillant. Autant en emporte le vent ; et rien ne reste que des romans de douze tomes : encore à la fin n'y aura-t-il personne pour les lire.... La nature avait besoin d'un Amour, n'est-il pas vrai? Comment failail-il qu'il fût, à votre' avis ? un conteur de fades sornettes? un trcmbleur qui a toujours peur d'offenser, qui n'eût fait dire aux femmes que ma gloire ! et aux hommes que vos divins appas I Non ! cela ne valait rien. C'était un espiègle tel que moi qu'il fallait à la nature; un étourdi, sans souci, plus vif que délicat, qui mit toute sa noblesse à tout prendre et à ne rien laisser.... Mais, dites-vous, vous êtes le dieu du vice. Cela n'est pas vrai ; je donne de l'amour, voilà tout : le reste vient du cœur des hommes. Les uns y perdent, les autres y gagnent, je ne m'en embarrasse pas. J'allume le feu; c'est à la raison à le conduire, et je m'en tiens à mon métier de distributeur de flammes au profit de l'univers '.
Fort embarrassée entre ces deux éloquences, Minerve appelle la Vertu à son secours, et TAmour reprend sa cause ^ devant