La Réunion des Amours y scène x
3. L'exorde que Marivaux lui prête est une aimable parodie du style galant d'autrefois : « Madame, mou respect a réduit mes senlimeals à se taire. Us
MABIVAUX. 17
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celle-ci, qui lui répond avec une nuance de persiflage : « Voilà qui est bien ; votre langage est décent. Il n'étourdit point la raison. On a le temps de se reconnaître. » Cupidon devine que l'austère déesse ne lui veut point de mal ; il lui adresse sur-le-champ cette adroite déclaration :
Déesse adorable, ne m'exposez pas à dire que je vous aime. Vous regardez ceci comme une feinte ; mais vous êtes trop aimable et mon cœur pourrait bien s'y méprendre. Je vous dis la vérité ; ce n'est pas d'aiyourd'hui que vous me touchez. Je me connais en charmes : ni sur la terre, ni dans les cieux, je ne vois rien qui le cède aux vôtres. Combien de fois n'ai-je pas été tenté de me jeter à vos genoux ! Quelles délices pour moi d'aimer la vertu, si je pouvais être aimé d'elle ! Eh I pourquoi ne m'aimeriez -vous pas? Que veut dire ce penchant qui me porte à vous, s'il n'annonce pas que vous y serez sensible ? Je sens que tout mon cœur vous est dû ; n'avez-vous pas quelque répugnance à me refuser le vôtre ? Aimable Vertu, me fuirezvous toujours ? Regardez-moi, vous ne me connaissez pas : c'est l'Amour à vos genoux qui vous parle. Essayez de le voir ; il est soumis, il ne veut que vous fléchir ^
La Vertu est troublée par ces accents passionnés et prend la fuite pour ne pas succomber^ tandis que TelTronté Cupidon s^écrie : « Âhl ahl ahl la Vertu se laissait apprivoiser. Je la tenais déjà par la main, toute Vertu qu'elle est ; et si elle me donnait un quart d'heure d'audience^ je vous la garantirais mal nommée*. » Il faut que Minerve reprenne le rôle de juge, et voici Tarrêt qu'elle rend :
Cupidon, la Vertu décidait contre vous ; et moi-même j'allais être de son sentiment, si Jupiter n'avait pas jugé à propos de vous réunir en vous corrigeant pour former le cceur du pi'ince ^. Avec votre confrère, l'âme est trop tendre, il est vrai ; mais avec vous elle est trop libertine. Il fait souvent des cœurs ridicules ; vous n'en faites que de méprisables. II égare l'esprit : mais vous ruinez les moeurs^
n'ont osé se produire que dans mes limides regards, mais il n*cst plus temps de feindre ni de dérober votre victime. Je sais tout ce que je risque à vous déclarer ma flamme. Vos rigueurs vont punir mon audace. Vous allez accabler un téméraire ; mais, Madame, au milieu du courroux qui va vous saisir, souvenez-vous du moins que ma témérité n'a jamais passe jusqu'à Tespérancc et que ma respectueuse ardeur.... n Ici GupidoU l'interrompt. (Scène xu.)