‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 191 sur 445 · LES GRIEFS DES FEMMES · texte numérisé non relu

LES GRIEFS DES FEMMES

sera que nous tâchions de Tétre toutes. » A ces mots, les protestations éclatent :€ Quoi ! s*enlaidir exprès pour se venger des hommes? Eh! tout au contraire, embellissons-nous, s'il est possible, afin qu'ils nous regrettent davantage. » La discorde éclate. M'^Sorbin est une femme du peuple, Arthénice est une dame noble; le tiers état se plaint : « C'est votre faute, mesdames, je ne voulais ni de cette artisane, ni de cette princesse, mais on ne m'a pas écoutée ^ »

Les hommes arrivent sur ces entrefaites ; ils essavent d'àpaiser la révolte. En vain ils rappellent les femmes au devoir : <x Vous marier quand vous serez filles, obéir à vos*maris quand vous serez femmes, veiller sur votre maison : on ne saurait vous ôler cela, c'est votre lot*. » Pour défendre leur suprématie, ils ne trouvent que d'assez pauvres raisons, des argu« ments à la Chrysale. L'éloquence des femmes, au contraire, intarissable, véhémente, les étourdit et les confond. Sur l'ordre

talents que Tédocation n'a point affaiblis, et nous verrons si nous sommes si forts. > (Lettres Persanes, XXXVHI.) Et quelques années après, en 1729, la marquise de Lambert : « Les hommes, par la force, plutdt que par le droit naturel, ont usurpé Tautorité sur les femmes ; elles ne rentrent dans leur domination que par la beauté et parla vertu.... Les femmes pourraient dire : Quelle est la tyrannie des hommes ! Ils veulent que nous ne fassions aucun usage de notre esprit ni de nos sentiments. Ne doit-il pas leur suffire de régler tout le mouvement de notre cœur, sans se saisir encore de notre intelligence f Us veulent que la bienséance soit aussi blessée, quand nous ornons notre esprit, que quand nous livrons notre cœur. C'est étendre trop leurs droits.... Nous gâtons toutes les dispositions que la nature a données (aux femmes) ; nous commençons par négliger leur éducation ; nous n'occupons leur esprit à rien de solide et leur cœur en profite : nous les destinons à plaire, et elles ne nous plaisent que par leurs grâces ou par leurs vices. H semble qu'elles ne soient faites que pour être un spectacle agréable à nos yeux.... Mais, ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'en les formant pour l'amour, nous leur en défendons l'usage.... » etc. (Réflexions sur les femmes, dans l'édition des Œuvres^ Amsterdam, 1747, p. 176 et suiv.) On peut voir sur cette grave question de l'éducation des femmes, que notre temps a reprise pour la traiter avec toute l'application et tout le sérieux qu'elle mérite, et qu'il aura peut-être l'honneur de résoudre, le livre neuf et hardi en son temps, et fort utile à relire de nos jours, de M. E. Legouvé, r Histoire morale des femmes (1859), notamment le chapitre indu livre I, oiï la caure des femmes est plaidée dans un dialogue qui unit la dialectique chaleureuse du moraliste à l'art de l'homme de théâtre. Voy. aussi, dans le livre plus récent (1879) de M. Louis Legrand, le Mariage et les moeurs en France, un autre plaidoyer, solide et ferme, en faveur des mêmes idées (chap. III, r Éducation des deux sexes).

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