tV/., scène ztii
278 L'AUTEUR DRAMATIQUIE.
(le M™' Sorbin, le tambour bal, le manifeste insurrectionnel des femmes est afOché ; les hommes sont vaincus. Heureuse* ment Timagène s'avise d'un ingénieux stratagème : c Madame, dit-il à Arthénice, on vient d'apercevoir une foule innombrable de sauvages qui descendent dans la plaine pour nous attaquer. Nous avons déjà assemblé les hommes ; hàtez-vous de votre côté d'assembler les femmes, et commandez-nous aujourd'hai avec M"* Sorbin, pour entrer en exercice des emplois militaires; voilà des armes que nous vous apportons. > Aussitôt le bataillon féminin perd contenance; M"» Sorbin elle-même n'avait pas songé à cela : <r Va te battre^ dit-elle à son mari, je vais à notre ménage*. »Et ses compagnes de l'imiter.
En écrivant cette amusante fantaisie, Marivaux ne prévoyait certainement pas qu'un jour viendrait bientôt où ses inventions seraient une odieuse et terrible réalité, où les femmes, moins faciles à effrayer, se lanceraient en effet dans la mêlée politique, ouvriraient des clubs, et s'organiseraient en milice hurlante, avec des têtes coupées au bout de leurs piques, au son du tambour de Maillard, de ce tambour qui bat pour la première fois, et très innocemment dans la Nouvelle Colonie^. Aimable rêveur, il jouait une fois de plus avec des idées que la Révolution devait traduire en actes terribles.
Il ne se doutait pas davantage qu'il reprenait une situation traitée deux mille ans auparavant par Aristophane, avec une verve effrénée, torrent de bouffonnerie, de comique, de cynisme. Quoique la Nouvelle Co/ont^ soit une bien mince et bien innocente idylle à côté de Lysistratay il y a de frappantes analogies entre les deux pièces. On dirait, en comparant Aristophane et Marivaux, une bacchanale apaisée, épurée, et traduite par Watteau d'un pinceau rapide et léger. Telle scène du second semble calquée sur le premier, ainsi la prestation de serment de M"* Sorbin et d'Arthénice sur celle de Calonice et de Lysistrata^, la dispute d'Arthénice et d'Hermocrate sur celle de Ly-
i . La Nouvelle Colonie^ scène XYiii.
2. Voy. de Concourt, Histoire de la société française pendant la Révo» lution^ eh. xix et notamment p. 381-386, édit. in-i2, d875.
3 La Nouvelle Colonie, scène vi; Lysistrata^ v. 209-237. Voy. les spirituelles analyses de M. Ëm, Deschanel, Éludes sur Aristophane, notamment p. 80 à 87.