‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 194 sur 445 · Ci-des8a9, p · texte numérisé non relu

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3. Du moins aucune traduction imprimée, car il y en avait une manuscrite, et des meilleures, parMt-il : v C'est en plein siècle da Louis XIV que, dans un clottre de Bénédictins, dom Lobtneau écrivait une traduction d'Aridlophanc qui dépasse singulièrement, pour la science des choses et pour la franchise du langage, tout ce qu'on avait essayé jusqu'alors, tout ce qu'on a essayé en ce genre jusqu'à nos jours. Le travail de Lobineau, par des circonstances que nous ne connaissons pas, est demeuré inédit, et nous ne le pouvons apprécier que sur les extraits qu'en a donnés Chardon de la Rochelle «lans ses Mélanges de littérature et de critique (t. III, p. 178). » (E. Eggcr, V Hellénisme en France, vingt-troisième leçon.) Marivaux aurait-il eu, par quelque hasard, communication de celte tradition inédite? Il était pieux, et, par i-ûite, pouvait avoir des relations parmi les religieux; l'un de ceux-ci, peutôtre dom Lobineau lui-même (morl en 1727), lui aurait-il communiqué un travail capable d'intéresser un homme de théâtre? Conjectures fort incertaines, mais la ressemblance est assez frappante pour y inviter. — Enfin, peut-être Marivaux tenait-il Tidéi) de sa pièce de Fontenelic; celui-ci connais- 8<iit assez bien le grand comique grec, comme le prouvent ses Remarques fUr quelques comédies fV Aristophane^ dans lesquelles Ly sistrala est analysée très briévemont (vov. t. IV, p. 241, des OEuvres de Fontenelle, édition Belin).

à, Ln Nouvelle Colonie rappelle encore une autre pièce du comique grec, V Assemblée des femmes, où l'on voit les Athéniennes se déguiser en hommes, s'introduire dans l'Assemblée, s^assurer ainsi la pluralité des voix, puis faire voter une nouvelle constitution assurant aux femmes la direction des alTaires publiques et proclamant la communauté des biens, des femmes, des hommes et des enfants. Voy. encore les Études sur Aristophane de M. Em. Deschanel, notamment p. 204-212.

Esclaves, Nous y revenons avec deux aulres purement féeriques, Arlequin poli par V Amour el Vile de la Raison, dont nous avons vu le sort très différent au théâtre *. Ulle de la Raison avait le défaut de reposer sur une donnée qui exigeait vraiment trop de complaisance de la part du spectateur, condamné à voir une contradiction perpétuelle entre les paroles des personnages et leur aspect vrai, celles-là supposant une continuelle alternative de grandeur et de petitesse, celui-ci restant toujours le même. La morale, qui tenait encore ici la première place, ne pouvait sauver l'invraisemblance, et quelques détails heureux la bizarrerie de l'ensemble '. En revanche. Arlequin poli par VAmour, le premier succès de Marivaux au théâtre, est une fantaisie charmante, pleine de grâce et d'esprit^. Elle peut élre considérée comme le développement en action des fameux vers de Molière :

U le faut avouer, l*amour esl un grand maître. Ce qu'on ne fui jamais, il nous enseigne à l'êlro, Et souvent de nos mœurs l'absolu changement Devient par ses leçons l'ouvrage d*un moment.

n rend agile h tous Tâme la plus pesante*.

C'est ici le cas. Arlequin est un paysan assez lourdaud, mais joli garçon, dont la bonne mine a séduit une fée ; un

i. Voy. ci-dessus, p. à^ et 69-70.

2. Les personnages de Vlie de la liaison qui rapetissent le plus parce qu'ils sont le plus fous, représentent un poète, un philosophe et un médecin. Dans ses railleries contre celui-ci, Marivaux se souvient de Molière ; peutêtre aussi gardait-il rancune aux docteurs de son temps de n*avoir pts su lui conserver sa jeune femme, fi vie morte (en 1723, et la pièce est de 1727) el si regrettée. Un trait de comique triste le ferait croire (acte IT, scène u) :

« Blaisb {au médecin), — Dites-moi, sans vous fâcher, étiez-vous en ménage, aviez-vous femme là-bas?

Le Médecin. — Non, je suis veuf; ma femme est morte à vingt-cinq ans d'une fluxion de poitrine.

Blmse. — Malgré la doctraine de la Faculté?... Avez-vous des enfants?

Le MÉDEcm. ^ J'en avais trois; ils sont morts de la petite vérole, il y a quatre ans.

Blaise. — Peste soit du docteur! Et de quoi guarissicz \ous h monde?... Eh! ne dites-vous pas qu'eus êtes riche? Eh! mnis, morgue, pisque vous n'avez pas besoin de gagner voûte vie en tuant le monde, vous avez donc tort d'être médecin. Encore est-ce quand c'est la pauvreté quf oblige à tuer les gens ; mais quand on est riche, ce n'est pas la peine. »

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