Le Prince travestiy acte II, scène vu
iS6 L*AUT£UR DRAMATIQUE.
votre princesse et le roi de Gastille, mon maître. Tout invite à le conclure ; jamais union ne fut peut-être plus nécessaire. Vous n'ignorez pas les justes droits que les rois de Gastille prétendent avoir sur une partie de cet État, par les alliances...
LÉLIO
Laissons-là ces droits historiques, Monsieur; je sais ce que c'est, et, quand on voudra, la princesse en produira de môme valeur sur les États du roi votre maître. Nous n'avons qu'à relire aussi les alliances passées; vous verrez qu'il y aura quelqu'une de vos provinces qui nous appartiendra.
l'ambassadeur
Laissons-les donc pour le présent, j'y consens; mais la trop grande proximité des deux États entretient depuis vingt ans des guerres qui ne unissent que pour peu de temps, et qui recommenceront bientôt entre deux nations voisines, et dont les intérêts se croiseront toujours. Vos peuples sont fatigués; mille occasions nous ont prouvé que vos ressources sont inégales aux nôtres. La paix que nous venons de faire avec vous, vous la devez à des circonstances qui ne se rencontreront pas toujours. Si la Gastille n'avait été occupée ailleurs, les choses auraient bien changé de face.
LÉLIO
Point du tout; il en aurait été de cette guerre comme de toutes les autres. Depuis tant de siècles que cet Etat se défend contre le vôtre, où sont vos progrès?...
l'ambassadeur Vous ne vous êtes soutenus que par des secours étrangers.
LÉLIO
Ges mêmes secours, dans bien des occasions, vous ont rendu de grands services, et voilà comment subsistent les Étals : la politique de l'un arrête l'ambition de l'autre....
l'ambassadeur Votre avis est donc de rejeter le mariage que je propose?
LÉLIO
Je ne le rejette point, mais il mérite réflexion. 11 faut examiner mûrement les choses; après quoi, je conseillerai à la princesse ce que je jugerai de mieux pour sa gloire et pour le bien de ses peuples.