DÉBUT AU THÉÂTRE-ITALIEN
Mal lui en prit, car la chute de la pièce fut complète, et méritée, disent les contemporains ; Marivaux eut le bon goût de le reconnaître et se vengea sur lui-même de son échec : a La pièce m*a ennuyé plus que personne, disait-il en sortant de la première représentation, car j'en suis l'auteur ^ » Cette comédie ne fut pas imprimée, aussi ne pouvons-nous juger à notre tour le jugement du parterre, — un parterre de dimanche, particulièrement difficile et dangereux', comme Marivaux, qui, on ne sait pourquoi, s'obstina à donner plusieurs de ses pièces ce jour- là, en fit trop souvent l'épreuve^. Cependant, le Mercure du mois où elle fut jouée ^ contient un Dialogue entre V Amour et la Vérité f qui doit être un fragment de ce premier ouvrage. Ce morceau est spirituel, mais d'un caractère bien mythologique et « métaphysique ^ ». Marivaux avait un faible pour les
dans le Journal des Savants de juillet 1735, p. 311, un article sur les Œuvres mêlées de M, le chevalier de Saint-Jory, qui méritent bien leur titre, car elles comprennent des lettres, histoires, fables, discours prononcés en public, odes, maximes de morale, comédies, mémoires judiciaires, etc. Le critique trouve les maximes « toutes plus instructives et plus intéressantes les unes que les autres » ; et les comédies {le Philosophe trompé par la nature^ Arlequin en deuil de lui-même, etc.) « très ingénieuses et trôs bien écrites».
i . D*A1embert rapporte le propos (p. 595} comme un exemple de la philosophie de Marivaux, mais sans dire par quelle pièce il fut provoqué. Une note du Dictionnaire des théâtres (t. I, p. 103) en précise l'origine: « Le premier et le second acte de cette pièce, dit F. Parfaict, furent reçus très fiivorablement du public, mais le troisième eut un sort bien différent. L'auteur, qui était dans une seconde loge, sans être connu, dit que la pièce l'avait plus ennuyé' qu'un autre, attendu qu'il en était l'auteur. » — On a longtemps prêté à la Fontaine une réflexion semblable, encore plus philosophique et détachée. Suivant la Harpe {Lycée, t. IX, p. 16A), qui avait tiré lui-même l'anecdote d'une mauvaise compilation de Travenol (Histoire de V opéra en France), il aurait dit de son opéra di^Astrée : « j'ai vu le premier acte, mais il m'a si fort ennuyé, qu'il ne m'a pas été possible d'en voir davantage. £n vérité, j'admire la patience des Parisiens.» Ni Walckenaër (Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine, quatrième édition, t. II, p. 2A3), ni M. Louis Moland (CEuvres complètes de la Fontaine, introduction au Théâtre, p. xxxvi), n'admettent l'authenticité de cette anecdote.
2. C'est un jour, dit le Mercure (juin 1732), « où le parterre est plus impatient et plus turbulent que les autres a .
3. V Héritier de village, }oué le dimanche 19 août 1725, ne dépassa pas six représentations ; la Dispute, jouée dans les mêmes conditions, n'en eut qu'une.