Voy. ci après, Conclusion, n
unir la puissance à la grâce, la profondeur à la finesse, et saisir la vérité éternelle du cœur humain, en même temps que la vérité d'une époque et d'un moment*.
1. La dernière reprise de la Mère confidente à la Comédie- Française eut lieu le 1& septembre 1863, sous Tadministration de M. Edouard Thierry. A cette époque, elle n'avait pas été représentée depuis 1810. Les appréciations de la critique furent très contradictoires. MM. Paul de Saint-Victor {la Presse, 21 septembre 1863) et Edouard Fournier {la Patrie y 22 septembre) se montrèrent d'une grande sévérité. Le. premier disait : a C'est une froide et pâle comédie qui dormait depuis cinquante ans et dont personne ne demandait le réveil, n Selon M. Fournier, la Mère confidente fit a une apparition de revenant plus inattendu que demandé. » Th. Gauthier {le Moniteur universel, 28 septembre) plaida avec une douce ironie les circonstances atténuantes : c N'est-ce pas une chose utile que de montrer les côtés par où pèchent ces grands écrivains qu'on admire? Le secret de leur talent est peut-être plus aisé à saisir dans ces ébauches imparfaites que dans les tableaux achevés. » M. Francisque Sarecy, au contraire {r Opinion nationale^ 28 septembre), prit chaleureusement la défense de la pièce : « La Mère confidente, disait-il, .... est une des plus aimables comédies de Marivaux, et les amateurs qui l'avaient depuis si longtemps perdue de vue, ont été charmés qu'on la leur rendît à la scène. » Suit l'analyse, en partie reproduite dans le Temps du 4 avril 1881 ; elle se termine par l'appréciation citée plus haut sur les deux grandes scènes entre M*"^ Argante et Angélique.
C'est l'interprétation qui, malgré le talent de plusieurs des artistes, nuisit au succès de la pièce; en effet, tous n'étaient point faits pour leurs rdles. Sauf Th. Gauthier, la plupart des critiques se montrent assez sévères pour eux. o 11 est bien fâcheux, disait M. Sarcey, que cette délicieuse comédie ne nous ait pas été rendue par les chefs d'emploi. Elle est fort proprement jouée, mais il y manque ce qui en fait précisément le charme, l'imagination et la tendresse. »
La pièce n'eut que onze représentations, avec d'assez pauvres recettes. Elle serait certainement plus heureuse en cas de reprise, avec une distribution moins discutable. Un des interprètes d'alors, le seul pour qui la critique ait été unanime dans l'éloge, écrivait naguère : a II est tel chef-d'œuvre, en quelque sorte périmé, qu'on admire à la lecture, et dont on est d'accord pour déclarer la représentation impossible, tranchons le mot, ennuyeuse, et qui l'est en effet si on la confie à des artistes médiocres. Mais qu'il survienne un comédien de talent, qu'il s'empare de l'ouvrage enfoui sous la poussière de l'indifférence ; que ce comédien y entre, qu'il y répande sa force et sa verve, et voilà la momie qui se délivre de ses bandelettes, qui redevient fraîche et vivante, et la foule accourl et s'cnlhousiasme, et le chef-d'œuvre oublié fait de l'argent I » (C. Cequelin, l'Art et le Comédien^ p. 12.)
Quant à l'opinion de Marivaux sur sa pièce, nous la connaissons : on a vu (p. 69, n. 1) qu'elle était au nombre de celles qu'il préférait.