APTITUDE PARTICULIËRE DE MARIVAUX POUR LE ROMAN. 32S
Et encore^ même pour les pièces du premier genre, n'est-il pas entièrement juste. La loi suprême du théâtre est d'intéresser et de plaire dans les limites de la morale et du goût. Marivaux a-t-il violé cette loi, même dans les pièces de sa manière habituelle? La Harpe a-t-il raison de dire qu'en les écoutant c on sourit, mais on baille^? » Marivaux a doté le théâtre français d'un genre très original, très délicat, d'imitation difficile, dangereuse même entre des mains maladroites ; est-il juste de le rendre responsable des défauts très réels qui s'y trouvent en germe, mais que lui du moins a le plus souvent évités? C'est être partisan bien exclusif de la séparation des genres que de lui signifier qu'il aurait dû se borner au roman et s'abstenir du théâtre, simplement parce que le sujet de plusieurs de ses comédies pouvait être développé en roman ; comme s'il n'en était pas de même de la plupart des pièces de théâtre ^
rilltutre critique, la sens exact d'une comparaison si désobligeante pour Marivaux. M. Garo est beaucoup plus juste lorsqu'il dit, à propos de Walpole : « Bien qu'il goûte finement Marivaux, cette prédilection se gale à nos yeux en se partageant entre l'auteur de Marianne et celui du Sop?ia. Grébillon flls placé au rang de nos plus aimables auteurs ! Gela nous aide à comprendre comment, en certains pays où l'on se pique d'un goût éclairé pour notre littérature, Paul de Kock prend son rang, sur les rayons des biblioUièques cKoisies, entre Balzac et M""* Saad. » (La Fin du dix-huitième siècle^ t. II, p. 22.) — Gomme Sainte-Beuve, M. Nisard est plus favorable au théâtre qu'aux romans : c Le théâtre de Marivaux, dit-il, est plus aisé que son roman;... on se délasse et on se détend du Marivaux de Marianne dans le Marivaux du Jeu Je V Amour et du Hasard et des Fausses Confidences* » (Histoire de la littérature française, t. Ill, p. 218.)
Parmi les récents critiques de Marivaux, Si. de Lescute {Éloge ^ p. 92) se récuse; M. Gossot [Marivaux moraliste^ p. 68-69) semble préférer le romancier; M. J. Fleury, qui analyse plus qu'il n'apprécie, ne pose pas la • question; M. J. Reinaoh penche pour l'auteur dramatique {la Réforme^ l**" janvier 1881); M. La voilée dit au contraire: a II était né romancier plutôt qu'auteur comique ; aussi, en dépit des faveurs du public qui semblaient le rappeler sans cesse vers la scène (?), revenait-il de préférence à ses récits de longue haleine. » {Marivaux inconnu ^ p. 11.)