‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 221 sur 445 · MILIEU, INTRIGUE, CONDUITE · texte numérisé non relu

MILIEU, INTRIGUE, CONDUITE

réduirait à bien peu de chose, c Trop de réflexions^ » diront quelques critiques : Marivaux leur répondra tout à Theure ^

Ainsi, nous ne trouverons pas dans la Vie de Marianne et dans le Paysan parvenu ce genre d'intérêt, qui, par le désir de connaître le dénouement, soutient la plupart des romans et en est souvent Tunique charme. On ne songe même pas au but et à la conclusion ; on chemine avec l'auteur, comme en la compagnie d'un causeur charmant, qui, sans autre dessein que de nous entretenir, prend prétexte d'un récit et le coupe à chaque pas de réflexions personnelles, tour à tour légères, profondes, railleuses, émues. Avec lui, nulle impatience d'arriver; que le récit s'achève ou reste interrompu, nous sommes satisfaits. Par goût du fini et du régulier, nous préférerions peut-être une conclusion, mais, si elle manque, nous n'éprouvons pas ce genre de déception irritante qui nous indispose contre Tauteur et nous fait chercher nous-mêmes le dénouement qu'il nous refuse. Il nous a instruits, charmés, éclairés; nous le tenons quitte. L'essentiel, c'est que la promenade ne soit pas trop longue, que nous puissions parfois abandonner l'aimable causeur, nous reposer à l'écart de tant d'esprit et de finesse, interrompre un plaisir exquis, mais dont la continuité serait pénible : il faut lire les romans de Marivaux à petites doses et non d'un trait, par dix ou vingt pages, plutôt souvent que longtemps ^ ; alors on ne s'en fatigue pas et l'on y revient toujours avec plaisir.

Le défaut de ce genre de roman est ailleurs ; défaut assez grave, il faut le reconnaître. Tant que les sentiments des personnages et les phases de l'action ne sortent pas de la région moyenne des passions sans orages, nous marchons volontiers au pas du narrateur, si lent qu'il soit ; mais, que la situation

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