‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 223 sur 445 · OPPOSITION DES SUJETS; LE RÉGIT PERSONNEL. 33'J · texte numérisé non relu

OPPOSITION DES SUJETS; LE RÉGIT PERSONNEL. 33'J

un mari qui lui assure, avec le bonheur d'aimer sans remords et d'être aimée, la dignité, la sécurité de* l'existence ? Le jeune homme parviendra-t-il, sans défaillances, à conquérir sa place au soleil et, parti de rien, deviendra-t-il quelque chose ?

Outre la leçon morale qu'ils contiennent, ces deux sujets permettaient à Marivaux de suivre en toute liberté le penchant de son esprit et les préférences de son talent. Il pouvait y' dérouler telle succession de tableaux qu'il lui plaisait, opposer tous les contrastes capables de séduire son humeur changeante, satisfaire ses caprices d'observateur vite engoué, vite dégoûté. En effet, une jeune fille en butte au malheur, un jeune homme qui cherche fortune peuvent être jetés sans invraisemblance dans les situations les plus imprévues et les plus opposées. Il dut à ces sujets une variété que tous les critiques s'accordent à lui reconnaître dans le roman, que beaucoup lui contestent au théâtre, car, dans ses romans, elle est visible du premier coup, tandis que,pour la trouver dans son théâtre, il faut chercher en dehors de quatre ou cinq pièces consacrées. Dans la Vie de Marianne^ il montra surtout des qualités de pénétration morale, de connaissance du cœur féminin, plus intime encore qu'au théâtre, d'émotion, de sympathie profonde pour les souffrances imméritées ; dans le Paysan parvenu, il mit plus de mouvement, d'entrain, une sorte de bonne humeur alerte assez rare chez lui, une action un peu plus rapide, plus intéressante en elle-même et moins embarrassée de réflexions.

Dans la Vie de Marianne comme dans le Paysan parvenu, la forme adoptée est celle du récit personnel . Marianne adresse son histoire à une amie, qui, en ayant entendu raconter une partie, désire la connaître tout entière. Jacob, le paysan parvenu, s'amuse à écrire la sienne, d'abord parce qu'il espère que ce récit c ne sera pas inutile à ceux qui aiment à s'instruire *, » et aussi parce que, retiré à la campagne, il doit à son loisir un goût de réflexion qu'il ne sera pas fâché d'exercer ainsi. Il faut donc s'attendre, des deux côtés, à la liberté d'une

1 . Le dix-huitième siècle aimait beaucoup cette forme vive ; les chefs^ d'œuvre du roman à cetle époque, GU Bkts, le Neveu de Rameau, la Religieuse, Manon Lescauty Paul et Virginie sourdes recils personnels. On préfère aujourd'hui la narration impersonnelle, plus Êicile peuUètre.

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