CHAPITRE II
MARIANNE. — MARITAUX ET RIGHARDSON; PAMÉLA. •— JACOB. — MARIYADX ET LE sage; GIL BLAS.— MARIVAUX ET FIELDING.— MARITAUX ET STERNE.
Raisonneuse, babillarde, un peu suffisante et vaine, Marianne reste encore, malgré ces défauts, une des plus gracieuses créations féminines que puisse offrir notre littérature ; elle est bien de son temps, de son sexe, de la gracieuse famille dont Marivaux est le père.
C'est d'abord une ingénue, mais une ingénue du dix-huitième siècle, de tous les siècles le moins naïf ^ S'il faut chercher au fond de cette nature complexe le trait dominant qui fixe et règle le caractère, ici encore nous trouvons la coquetterie, ingénieuse, subtile, toujours en exercice, une coquetterie qui perdrait Marianne s'il n'y avait en elle un grand fonds de fierté. A peine sauvée de la misère, elle doit sa première toilette à la générosité d'un bienfaiteur : elle se pare € avec des dispositions admirables. » Distinguée, supérieure à sa pauvre condition, fille de grande race sans doute ^, elle a
1. a Tavais vu, dit-elle, des amants dans mon village, j'avais entendu parler d'amour^ j'avais même déjà (à quinie ans et demi) lu quelques romans à la dérobée ; et tout cela, joint aux leçons que la nature nous donne, m'avait du moins fait sentir qu'un amant était bien différent d'un ami. » (La Vie de Marianne, première partie.)
2. Elle a été trouvée, à l'âge de trois ans, dans une voiture publique, seule survivante de tous les voyageurs égorgés par des brigands; aucun indice n'a pu faire deviner qui étaient ses parents. Marivaux, qui eût éclairci le mystère, s'il eût terminé son roman, ne dit rien, au cours des onze parties qu'il a laissées, de nature à faire soupçonner quel eût été, au dénouement, le père de Marianne. Mais son intention d*en faire une fille bien née est si évidente, que l'auteur anonyme de la suite imprimée dans l'édition Duviquet (t. VII, p. 291 à 362) et faussement attribuée par l'éditeur à M""» Riccoboni (voy. ci-après. Appendice D), en fait « la petite-fille du duc de Kilnare, seigneur très distingué d'Ecosse, issu d'une des plus illustres et des plus anciennes familles du royaume. » (Page 362.)