MARIANNE
d'instinct le goût des belles choses el i*horreur de la vulgarité ; sa toilette lui cause donc une véritable ivresse de bonheur : c II me prenait des palpitations, dit-elle^ en songeant combien j'allais être jolie ^ » Dans toutes les circonstances, les plus tristes comme les plus heureuses, au moment où elle se verra replongée dans la misère d'où elle avait espéré sortir, comme dans Tenivrement d'une condition qui dépasse ses rêves les plus ambitieux, elle a toujours Tœil à l'effet que produit sa beauté, à ce que l'on en pense autour d'elle, à l'expression noble, piquante, enjouée, sérieuse, mais toujours séante, que son visage peut avoir. A peine vêtue de sa belle robe, vite elle court dans un lieu de réunion, à l'église, et là elle tâche, c en se glissant tout doucement, de gagner le haut, > non pour prier plus près de Tau tel, mais parce qu'elle y aperçoit c du beau monde qui était à son aise. > Une fois installée, bien en vue : € Quelle fête I c'était la première fois que j'allais jouir un peu du mérite de ma petite figure. J'étais tout émue du plaisir de penser à ce qui allait m'en arriver, j'en perdais presque haleine; car j'étais sûre du succès, et ma vanité voyait venir d'avance les regards qu'on allait jeter sur moi '. > Et la voilà, qui, peu à peu, sans affectation, attire tous les regards sur elle et jouit du dépit des autres femmes : c'est Ja première fois qu'elle peut être coquette, et tout en elle, gestes, regards, maintien, est déjà d'un art achevé ^. Elle aime d'un amour sincère, mais ce qu'elle désire plus peut-être que d'être aimée, c'est que sa beauté ne subisse pas un affront : c J'aimais un homme auquel il ne fallait plus penser, et c'était là un sujet de douleur; mais, d*un autre côté, j'en étais tendrement aimée, de cet homme;