lbid,j deuxième partie
3. Ibid, — On peut juger par le passage suivant de la perfection de cet art instinctif: a De temps en temps, pour les tenir en haleine (ceux qui la regardaient), je les régalais d'une petite découverte sur mes charmes; je leur en apprenais quelque chose de nouveau, sans me mettre pourtant en grande dépense. Par exemple, il y avait dans cette église des tableaux qui étaient à une certaine hauteur: eh bien! j'y portais ma vue, sous prétexte de les regarder, parce que cette industrie-là me faisait le plus bel œil du monde. — Ensuite, c'était à ma coiffe à qui j'avais recours ; elle allait à merveille : mais je voulais bien qu'elle allât mal, en faveur d'une main nue qui se montrait en y retouchant, et qui amenait nécessairement avec elle un bras rond, qu'on voyait, pour le moins, à demi, dans l'attitude où je me trouvais. »
et c'est une grande douceur : avec cela, on est du moins tranquille sur ce qu'on vaut; ona les honneurs essentiels de Taven* ture, et on prend patience sur le reste ^ »
Elle est non seulement fière, mais d'une vanité exigeante et pointilleuse, conséquence naturelle de sa coquetterie. Toujours et de tous elle exige des égards ; elle accepte la charité, mais délicate et discrète. Demoiselle de magasin, ellctientàdistance les compagnes vulgaires qu'elle est obligée de subir. La prieure d'un couvent, la croyant noble et riche, Tavait d'abord bien accueillie ; aussitôt détrompée, elle s'empresse de reconduire; Marianne souffre beaucoup, non pas tant de voir un asile espéré se fermer devant elle que d'une imperceptible nuance de langage : « Ma pauvre! fait-elle avec dépit, quelle différence de style ! Auparavant elle avait dit : ma belle ' ! >
Remarquons, à ce sujet, avec quel art est conçu ce personnage de jeune fille, singulier mélange de naïveté et de ruse, de calcul et de franchise, de hardiesse et de timidité. Marivaux voulait déployer dans cette création toutes les ressources de son art, montrer qu'il avait tout deviné dans le cœur féminin, môme l'inconscient. Comment y réussir sans donner à cette jeune personne de seize ans des sentiments qu'elle ne saurait encore avoir et changer cette ingénue en rouée ? Comment lui permettre d'analyser sans invraisemblance des pensées, des actions dont elle ne devait pas soupçonner le sens et la portée? En réunissant deux personnes en une seule, grâce à la donnée du roman, très simple, mais très ingénieuse. En effet, il y a dans Marianne deux êtres, inséparables, mais très distincts : d'une part la jeune fille franche et naïve, qui a lu, il est vrai, « quelques romans à la dérobée ', > qui cède avec une étourderie charmante à c son désir de plaire ; > de l'autre, la femme qui se juge à distance avec l'expérience de la vie et qui souligne en souriant les petits manèges d'autrefois, qui explique avec une philosophie indulgente toutes ces contradictions de la jeunesse entre le cœur et l'esprit, le sentiment et la raison. Certes, Marianne, devenue comtesse, abuse un peu de son droit d'analyse, en expliquant par le menu sa naïveté d'autrefois;