MARIANNE
elle discourt trop pertinemment de toutes choses ; elle a trop, comme dit Sainte-Beuve, a des regards de côté tout en agissant et marchant, des clins d'oeil sur elle-même et comme un aparté continuel ^; » mais ce n'est là que Tabus d'une donnée aussi légitime qu'ingénieuse. Malgré bien des réflexions qui impatientent, ce contraste continuel chez une même femme entre Tétourderie de la jeunesse et la sagesse de Fâge mûr est un des côtés les plus piquants du roman de Marivaux. Bien des auteurs, avant ou après lui, ont employé la fonnedu récit personnel ; aucun n'en a mieux tiré parti \
A côté de ces défauts aimables^ Marianne, disons-le bien vite, a toutes les qualités qui font la femme honnête et droite. Si elle s'attarde trop volontiers aux manèges dangereux d'une coquetterie raffinée, vienne une circonstance décisive qui mette en jeu son honneur ou blesse sa fierté, elle se redresse avec une vraie noblesse d'attitude, et, sur cette physionomie mobile, une dignité sérieuse remplace le sourire de la vanité. Quand la fortune s'achanie contre elle, les revers ne peuvent l'abattre ; elle est à la hauteur de tout. Qu'elle ait à se défendre contre les hypocrites avances ou à repousser les lâches accusations de M. de Climal, à confondre la trahison de Valville ou la perfidie tortueuse de M"*^ Varthon, elle s'élève sans effort à la véritable dignité comme à la véritable éloquence, tour à tour indignée, dédaigneuse, touchante '. Elle excelle surtout dans l'expression sans cesse renouvelée de sa tendresse filiale envers M'^'de Miran ; on admire avec quelle sincérité, quelle effusion sans effort, quelle chaleur de reconnaissance elle rencontre, pour celle qu'elle appelle « sa mère, » des accents que l'esprit seul ne saurait inspirer. On retrouve alors ces mots partis du cœur qui naguère nous surprenaient dans la Mère confidente *,