‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 230 sur 445 · Causeries du Lundi, t. IX, p · texte numérisé non relu

Causeries du Lundi, t. IX, p

2. Voy. ci-dessus, p. 3À2, ce que Marivaux disait lui-même à ce sujet.

3. Ce sont surtout ces côtés du caractère de Marianne qui font dire au président Hénault (3/emo2Ve.v, p. Ali) que Marivaux est v admirable quand il peint la vertu malheureuse, ou l'org^ucil d*une belle âme. »

h. Qu'on en juge par ce passage pris entre plusieurs aussi touchants et d'un accent aussi vrai. Marianne a failli être séparée pour toujours de son amant Valville et de M'"' de Miran. Elle dit à celle-ci : « Ma mère, voilà M. de Valville; il m'est bien cher, et ce n'est plus un secret, je l'ai publié devant tout le monde; mais il ne m'empêchera pas de vous dire que j'ai mille

S'il faut en croire les contemporains de Marivaux, les aventures de l'aimable fiancée de Valville ont eu le grand honneur de provoquer en Angleterre, sinon une imitation, du moins une œuvre de même famille, Paméla de Richardson, destinée, comme le roman français, à montrer la vertu et la beauté aux prises avec le malheur et la persécution. A ce sujet, les témoignages abondent : hostiles ou favorables à Marivaux, tous les critiques du siècle dernier sont unanimes : la Vie de Marianne a inspiré Paméla et Clarisse Harlotve *.

Quelle différence pourtant entre le caractère et le talent des deux romanciers ! Marivaux, homme du monde, élégant et poli, un peu sceptique, spirituel jusque dans la tendresse, distingué jusque dans la passion, très moral par la vérité même de ses tableaux et la justesse de ses analyses psychologiques'.

fois plus encore songé à vous qu'à lui. G*était ma mère qui m'occupait, c'était sa tendresse et son bon cœur.... Toutes mes pensées vous regardaient; je ne savais pas si vous réussiries à me tirer d'embarras; mais ce que je souhaitais le plus, c'était que ma mère fût bien fâchée de ne plus voir sa Qlle; je désirais cent fois plus sa tendresse que sa délivrance, et j'aurais tout enduré, hormis d'être abandonné d'elle.... Le principal est que vous m'aimies; c'est le cœur de ma mère qui m'est le plus nécessaire, il va avant tout dans le mien.... » {La Vie de Marianne, septième partie.)

1. Diderot est tout à fait explicite : o Les romans de M. de Marivaux, dit- il, ont inspiré Paméla^ Clainsse et Grandisson, » {Projet de préface envoyé à M, Trudaine, édit. Àssézat et Tourneux, t. V, p. 43&.) De même le président Hénault : c II a donné lieu à divers romans anglais, Paméla, etc. » (Mémoires, p. 411.) Grimm le reconnaît, à contre-cœur, comme toujours : « S'il est vrai que w^ romans ont été les modèles des romans de Richardson et de Fielding, on peut dire que, pour la première fois, un mauvais original a fait faire des copies admirables. » (Corresp, liit,, t. III, p. 182.) Mais c'est une amie de Marivaux, M"^* du Boccage, qui la première en avait fait la remarque. Durant un voyage en Angleterre, elle écrivait à sa sœur, M"** Duperron : o Dans les repas d'amateurs de lettres, nous n'avons pas manqué de célébrer les ingénieux auteurs de Tom Jones et de Clarisse, On m'a bien demandé des nouvelles du père de Marianne ti du Paysan parvenu, peut-être le modèle de ces nouveaux romans. » (Londres, 25 mai 1750, dans ses Œuvres, t. III, p. AS.) M. Villemain dit encore : « Ce sont les seuls ouvrages de notre langue, où, pour la peinture de la vie, la sensibilité morale de Richardson soit égalée, sans dessein de l'imiter. » {Littérature au dix-huitième siècle, treizième leçon.) Ne croirait-on pas, à la manière dont cette appréciation est présentée, que Tlllustre critique regardait les romans de Marivaux comme postérieurs à ceux de Richardson T Dans l'étude qu'il consacre à ceux-ci (vingt-septième leçon), il parie longuement de leur in« fluence sur notre littérature; mais il ne semble pas soupçonner qu'euxmêmes devaient leur origine aune influence française.

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