Voy. ci-dessus, p
d'6tre méchant. Celui de Paris n'est pas de même, il est moins canaille et plus peuple que les autres peuples. Quand il accourt en pareil cas, ce n'est pas pour s'amuser de ce qui se passe, ni comme qui dirait pour s'en réjouir : non, il n'a pas cette maligne espièglerielà : il ne va pas rire, car il pleurera peut-être et ce sera tant mieux pour lui : il ya Toir, il va ouvrir des yeux stupidement avides ; il va jouir bien sérieusement de ce qu'il verra. En un mot, alors il n'esl ni polisson, ni méchant; et c'est en quoi j'ai dit qu'il était moins canaille : il est seulement curieux, d'une curiosité sotte et brutale, qui ne yeut ni bien ni mal à personne, qui n'entend point d'antre finesse que de venir se repaître de ce qui arrivera. Ce sont des émotions d'âme que ce peuple demande ; les plus fortes sont les meilleures ; il cherche à vous plaindre si on vous outrage, à s'attendrir pour vous si on vous blesse, à frémir pour votre vie si on la menace : voilà ses délices ; et si votre ennemi n'avait pas assez de place pour vous battre, il lui en ferait lui-même sans être plus malintentionné, et lui dirait volontiers : Tenez, faites à votre aise, et ne nous retranchez rien du plaisir que nous avons à frémir pour ce malheureux. Ce ne sont pourtant pas les choses cruelles qu'il aime, il en a peur, au contraire ; mais il aime l'effroi qu'elles lui donnent : cela remue son âme, qui ne sait jamais rien, qui n'a jamais rien vu, qui est toujours toute nouvel
Tout cela n'est-ii point d'une observation très eiacle ? Pour juger de la ressemblance du portrait, nous n'avons qu'à le corn-* parer au modèle : après un siècle et demi, nous trouverons cette ressemblance frappante.
Ce qu'on vient de lire n'est qu'une réflexion jetée en passant dans le récit d'une querelle ; celle-ci est rendue avec autant de pittoresque et de vérité que les spectateurs. Une petite marchande, M*"* Dutour, est aux prises, pour quelques sous, avec
1. La Vie de Marianne^ deuxième partie* — Voy., dans un des premiers articles de Marivaux au Mercure, Première lettre à M^* ***, une très curieuse étude sur la populace qui se presse aux exécutions capitales, et les mobiles de sa curiosité : « On allait un jour faire mourir deux voleurs do grands chemins.... o etc. Toute la partie de cette lettre concernant le peuple est à lire en regard du tableau ci-dessus. Il y a des traits d'uoe saisissante vérité : « Imaginez-vous un monstre remué par un certain instinct et composé de toutes les bonnes et mauvaises qualités ensemble.... Le peuple a des fougues de soumission et de respect pour le grand seigneur, et des saillies de mépris et d'insolence contre lui... Quand il est bon, il verserait pour vous son sang ; quand il est mauvais, il vous ôterait tout le vôtre. . Personne ne caractérise plus éloquemment que le peuple.... Le peuple dans les provinces reconnaît autant de maîtres qu'il y a de gens au-dessus de lui. L'intérêt seul fait ici la vraie dépendance du peuple. Le cordonnier y va de pair avec le duc et le marquis.... L'argent est le seul titre de grandeur qu'il révère. >