LE PEUPLE DE PARIS
un cocher de fiacre. Tout y est, quolibets, gros mots, bataille. D'abord, le cocher:
£h bien ! qu*est-ce que me Tient conapter cette chi£Ponnière? Gare ! prenez garde à elle ; elle a son fichu des dimanches. Ne semble-t-il pas qu'il faille tant de cérémonie pour parler à madame ? On parle bien à Perrette. Eh ! palsambleu ! payez-moi. Quand vous seriez encore quatre fois plus bourgeoise que vous n'êtes, qu*est-ce que cela me fait ? Faut-il pas que mes chevaux vivent? Avec quoi dîneriezvous, vous qui parlez, si on ne vous payait pas votre toile ? Auriezvous la face si large ? Fi | que cela est vilain d'être crasseuse !
M"' Dutour n'est pas en reste :
Oui, malotru! oui, douze sous, tu n'en auras pas davantage... Encore ne les vaux-tu pas ; n'es-tu pas honteux, fripon ? quoi ! pour venir d'auprès de la paroisse ici ? quand ce serait pour un carrosse d^ambassadeur ! Tiens, jarni de ma vie ! un denier avec tu ne l'auras pas : j'aimerais mieux te voir mort, il n'y aurait pas grande perte ; et souviens-toi seulement que c'est aujourd'hui la Saint-Mathieu : bon jour, bonne œuvre ; ne l'oublie pas. Et laisse venir demain ; tu verras comme il sera fait. C'est moi qui te le dis, qui ne suis pas une chififonnière, mais bel et bien madame Dutour, madame pour toi, madame pour tous les autres, et madame tant que je serai au monde, entends-tu^?
Voilà l'observation, la vérité, la juste mesure. Le peintre des élégances n'a point dédaigné, on le voit, de descendre dans la rue, de se mêler à l'attroupement, de regarder de près et d'écouter* Cette scène, qu'il faut lire en entier, et plusieurs autres du même genre sont des modèles qu'on a malheureusement peu suivis après Marivaux '. Que voyons-nous, en effet,