LES CLASSES MOYENNES
coiTigeait ma maladresse*. » Près de M"" d'Alain, M^^ Agathe, sa fille, fausse ingénue, discrète et matoise, qui ne résistera même pas au vice, toute préparée qu'elle est par une affinité de nature et par la précoce corruption morale dont les grandes villes atteignent les filles mal élevées ou mal gardées '.
Ces quatre types sont traités avec le bonheur habituel à Marivaux dans ses études de femmes. Les hommes, moins en vue, ne sont pas sacrifiés pour cela. Il est peu de caractères plus amusants et plus vrais que celui du plaideur rencontré par Jacob dans le voyage à Versailles '; on voit ses gestes, on Tentend parler ; il pourrait passer, tel qu'il est, du roman à la scène. Quel entrain et quel feu dans l'histoire des mésaventures qui l'obligent à plaider en séparation contre sa femme I que de mots qui, au théâtre, enlèveraient le rirel Les personnages même qui ne font que passer et disparaître, sont traités avec le même soin et saisis dans leur attitude caractéristique. Ainsi le bonhomme que l'on amène à Jacob pour servir de témoin dans un mariage, et qui se présente < en habit de drap neuf, avec une cravate bien blanche, bien longue, bien empesée et bien raide, avec une perruque toute neuve aussi, qu'on voyait que sa tète portait avec respect *. *
Tous ces personnages appartiennent au peuple, mais à divers degrés. S*il fallait préciser leur classe respective, M°»* Dutour serait plus près du peuple que de la bourgeoisie, M""* d'Alain, au contraire, plus près de la bourgeoisie que du peuple ; même condition mixte et comme incertaine pour l'homme à la perruque et le plaideur de Versailles. Remarquons à ce sujet que Marivaux réserve les rôles plaisants aux personnages de ce genre, moitié bourgeois, moitié faubouriens, et en cela il est dans la vérité. En effet, les gens de cette sorte sont toujours
1. La Vie de Marianne y première partie. Compares ce fin croquis en quelques mots d'un romancier contemporain : « Les mines superbes de ces premières^ qui, dans les magasins de nouveautés, parées de robes de soie noire qu'elles remettent au vestiaire le soir en partant, regardent d'un air imposant, du haut de leurs coiffures à grandes boucles, les petites gens qui se permettent de marchander.... » (Alphonse Daudet, Fromont jeune et Risler t/2/^iéf, livre il, ii.)