lOid.f quatrième partie
à. Ibid., deuxième partie.
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un peu ridicules ; se croyant de la bourgeoisie, ils rimitent gauchement, tandis qu'ils restent peuple par rexpansion bruyante, le verbe trop haut; les manières communes. Marivaux les représente tels qu'il les a vus et ne met dans leurs portraits aucun parti pris de caricature. Il n'avait nullement le dédain des petites gens ; lorsqu'il rencontre dans les classes inférieures des personnages naturels et simples, il les traite avec une prédilection marquée, et, loin de faire rire à leurs dépens, il les rend très sympathiques : ainsi le fermier Villot et sa fçmme, braves campagnards qui ont la première de toutes les délicatesses, celle du cœur, et qui, recueillant chez eux la fille de leurs maîtres ruinés, méritent de sa part cette réflexion : « On est tout d'un coup lié avec les gens qui ont le cœur bon, quels qu'ils soient; ce sont comme des amis que vous avez dans tous les états ^ »
Quant à la vraie bourgeoisie, c'est la classe que préfère Marivaux ' ; il ne la tourne pas en ridicule, et, ici encore, il reste fidèle à la vérité, car on trouverait difficilement dans l'histoire une classe plus estimable et moins digne de satire que la bourgeoisie de l'ancienne France. Conservant des mœurs honnêtes et pures au milieu de l'effroyable corruption des hautes classes, d'humeur aimable et gaie, d'un rare bon sens, c'était assurément la partie saine du pays, entre la noblesse épuisée de vices et le bas peuple aigri jusqu'à la férocité par des soufl'rances séculaires *. Marivaux ne lui emprunte donc que des personnages sympathiques.
4. La Vie de Marianne, neuvième pariie, — Voy. encore, sur les ridicules îiinocenls des (c gens du commun, » dans la Première lettre à Jlf*"* *'^*, le passage qui concerne les pelils bourgeois et les marchands.
2. « Un bourgeois qui s'en tiendrait à sa condition, qui en 5aurait les bornes et l'étendue, qui sauverait son Ctiractcre de la petitesse de celui du peuple^ qui s'abstiendrait de tout amour de ressemblance avec l'homme de qualité, dont la conduite en un mot se maintiendrait dans un juste milieu, cet homme serait mon sage. » {Première lettre à Af™* ***.)
i\, Voy. H. Taine, les Origines de la France contemporaine, t. I, liv. IV, chap. III. Les conclusions de Tauteur sont sévères pour la classe moyenne, mais, en dépit de celte sévérité, quelle supériorité de lumières, de bon sens, d'esprit politique, il accorde au tiers-état sur l'aristocratie (ch. ii) et le peuple (ch. iv)! Au point de vue des mœurs, voy. de Concourt, la Femme au dix-huitième siècle, ch. vi (cité plus haut, p. 2ii3, n. 1). Enfin, on trouve dans l'ouvrage de M. Aubertin, l' Esprit public au dix-huitième siècle (notamment première époque, chap. i, et troisième époque, chap. m), de
L'ANGIENNC BOURGEOISIE. 373
Paraii ceux-ci, bien qu*il n'abuse guère de Tuniforrae, la place d'honneur appartient à deux officiers, loyales figures qui respirent la droiture et Thonnéteté. Nous en connaissons déjà un, celui qui, dans le voyage de Versailles, donne une si verte leçon de morale et de composition littéraire à un jeune auteur '. Marivaux ne s^étend guère à son sujet, et on le regrette; ce devait être un de ces officiers de fortune, pour qui la carrière aristocratique des armes était si dure autrefois et qui, Fépaulette de c^itaine et la croix de Saint-Louis une fois obtenues, vieillissaient, sans autre avenir, dans ces € honneurs obscurs '. » L'autre, de grade plus élevé à ce qu'il semble, traverse rhistoire de Marianne d'une façon très originale. Dans un moment où la jeune fille est en butte à une de ses nombreuses épreuves, un homme se présente à elle, c d'environ cinquante ans tout au plus, de bonne mine, d'un air distingué, très bien mis quoique simplement, et de la physionomie du monde la plus frai^che et la plus ouverte. » Sans préambule, il expose l'objet de sa visite : « Je ne vous laisserai pas longtemps inquiète de ce que j'ai à vous dire. En deux mots, voici de quoi il s'agit. Mademoiselle. Je suis connu pour un homme d'honneur, pour un homme franc, uni, de bon commerce; depuis que j'entends parler de vous, votre caractère est l'objet de mon estime, de mon respect et de mon admiration, et je vous dis vrai.... J'ai vingt-cinq mille livres de rente, Made-
curieux portraits du bourgeois aux diverses époques du dix-hniliéme siècle; il le montre (p. 17) « de 1785 à 1789 pénétré des influences nouvelles, mais ferme dans ses traditions, fidèle aux mœurs du passé, et gardant, en dépit des excitations de la politique, un fonds de sagesse héréditaire plein do promesses pour l'avènement d'un véritable esprit de liberté. » Voy. aus»i le môme ouvrage, p. Al 7.