Voy. ci-après, p. 130 etsuiv
4. « Le mercredi 27 (25), les comédiens français remirent au théâtre une tragédie intitulée Annibal; elle avait été représentée il y a 25 (27) ans; c'est un des premiers ouvrages d'un académicien célèbre, accoutumé à mé-
(le 1720 à 1747, les tragédies de Voltaire avaient dû rendre le public plus exigeant. Tout autre que Marivaux eût triomphé dL eût fait ressortir Taveugle injustice du parterre d'autrefois. Lui se contente de remarquer que, ni Tancien échec» ni le nouveau succès n'ont rien qui doive surprendre, car la pièce en elle-même était c susceptible d'une chute totale ou d'un grand succès 9 . Elle a échoué d'abord ; faut il en conclure que € les premiers spectateurs s'y connaissaient mieux que les derniers » ? Non, car u cela ne serait pas raisonnable ». Mari* vaux se contente donc d'en appeler au lecteur en dernier ressort : « Je demande à ce qu'on la lise avec attention, et sans égard à ce que l'on en a pensé d'abord, afin qu'on la juge équitablement. ^ 9
En continuant de faire violence à la direction naturelle de son talent, Marivaux se serait élevé sans doute au-dessus de ce premier essai et aurait conquis au théâtre une place honorable et modeste entre Campistron et Lafosse, Duché et l'abbé Genest. Heureusement, il ne recommença plus. Aussitôt après l'échec de sa tragédie au Théâtre-Français, il faisait représenter au Théâtre-Italien, avec un franc succès. Arlequin poli par r Amour '. Dès ce jour, il a trouvé sa voie, il est maître de son
riter les suffrages du public ; au reste, ce n'est que par la date que l'on peut s'apercevoir que c'est uo ouvrage de la jeunesse de l'auteur, et les beautés dont CAtte tragédie est pleine nous feraient regretter qu'il ne se fût pas attaché à ce genre, si les excellentes productions qu'il a données en plusieurs autres pouvaient laisser quelque chose à désirer sur l'emploi de ses talents supérieurs. La pièce a été reçue avec beaucoup d'applaudissements, et elle le mérite. » (AÊercure, octobre 1767.) — Celte fois La Noue faisait Annibal, Roselli Flaminius, M"* Gautier Laodice. La reprise eut cinq représentations. (Frères Parfaict, loc. et/., p. 385 et 378.)
1. Avertissement de r auteur , en tète à* Annibal y dans l'édition des Œuvres de théâtre^ 1758.
2r 18 octobre 1720. — Sans trop s'écarter du genre consacré des Italiens, cette première pièce de Marivaux élail cependant une innovation et surtout un progrès. Marivaux, dit La Harpe, sut tirer un excellent parti de « ce personnage idéal (d'Arlequin), qui jusque-là n'avait su que faire rire, et que, pour la première fois, il rendit intéressant en le rendant amoureux.... il faut (lui) savoir gré d'avoir compris le premier que rien n'empêchait que la simplicité d'Arlequin s'accordât fort bien avec le vrai sentiment de l'amour ; qu'il en pouvait même résulter un agrément nouveau, celui de voir que l'amour, dès qu'il est bien senti, peut avoir son charme jusque dans le langage et les manières d'un Arlequin. » Et il ajoute : « Ici, tout est naturel, et le naturel a de la grâce. Les scènes d'Arlequin avec la fée et la bar-
LE THËATRE-ITALIEN. 45
genre et de sa manière, et n'aura plus qu'à les développer. Il a trouvé aussi le théâtre et les acteurs qui lui conviennent. Sur trente pièces qu'il fait représenter, il en donne dix-neuf aux Italiens et onze seulement aux Français.
Établis en France depuis Henri IIP, les comédiens italiens avaient peu à peu élevé et développé leur genre national, l'ancienne commedia deW arte. Aux canevas brodés de tous les caprices d*une imagination bouflbnne et licencieuse, aux types convenus d'une tradition qui remontait jusqu'aux temps de Cécilius et de Plante ', ils avaient fait succéder de véritables
fèresont charmantes et originales. » {Djcée, dix- huitième siècle, cbap. vir, sect. V.) C'est la seule fois que La Harpe loue Marivaux d^aussi bonne grâce. Voyezsar ce rôle, ci-après deuxième partie, chap. i?, et^ sur le type d'Arle- Sand, quin, un des plus variés de la comédie italienne, l'ouvrage de M. Maurice Masques et Bouffons, t. I, p. 69 à 120. On y trouvera une étude très complète du rôle, de ses différentes transformations, et des principaux acteurs auxquels elles sont dues.
1. « En ce mois (février 1577), les comédiens italiens appelés H Gelosi, que le Roy avoit fait venir de Venise, et desquels il avoit payé la rançon, ayant été pris par les huguenots, commencèrent à jouer leurs comédies dans la salle des Etats à Blois. » — « Le dimanche 19 may (1577), les comédiens italiens, surnommés li Gelosi, commencèrent leurs comédies en Thostel de Bourbon à Paris.... Kt il y avoit un tel concours que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n'en avoient pas tous ensemble autant quand ils prèschoient. » (L'Estoile, t. I, p. 1A9 et 151^ édit. de la CoUeci. des Mém, relai. à i'hvit. de France, t. XLV.)
Voyes sur l'origine, le développement et les viciuitudes de la comédie italienne, Boindin : If //re« historiques sur fous les spectœies de Pafis, 1717- 4719^ in-12, dont quatre sur les Italiens; Louis Riccoboni, Histoire du théâtre italien^ Paris, 1728, 2 vol. in- 8; les frères Par&ict, Histoire de t ancien théâtre italien, ibid,, 1753, in-12 ; Desboulmiers, Histoire du théâtre italien^ ibid., 1769, 7 vol. in-12; et surtout les ouvrages modernes de MM. Maurice Sand, Masques et Bouffons, Paris, 1862, 2 vol. grand in-8; Louis Moland, Molière et la comédie italienne, ihid,, 1867, in-12, Eug. Despois, /« Théâtre français sous louis XIV, ibid,, 187d, in-12, chap. v; Em. Campardon, les Comédiens du roi de la troupe italienne, ibid., 1880, 2 vol. grand in-8. L'Introduction de ce dernier ouvrage, formé pour la plus grande partie de documents inédits tirés des Archives nationales, est un excellent résumé, très complet et très clair, de l'histoire de la comédie italienne en France.
2. Voyez dans Desboulmiers, Histoire du théâtre italien, t. I, p. 19 et suhr., le chapitre sur les personnages de l'ancienne comédie italienne; pour leurs types et costumes, on a, outre une admirable suite de Callot, de très curieuses estampes, gravées par Joullin, d'après les dessins de Jolliot, dans l'ouvrage de Louis Riccoboni, et celles qui se trouvent en tête de chaque pièce dans le recueil de Gherardi cité ci-après, celles-ci très eurieuset aussi et très soignées, par Verdier, Boulogne le jeune, Dolivet, DesmaretSi etc.
pièces, de dessin plus arrêté, avec des personnages plus modernes de sentiment, sinon de costume et de nom ; la plaisanterie y était moins grossière, et un dialogue écrit d'avance y remplaçait en partie la libre improvisation de l'acteur ^ L'italien était d'abord leur seule langue, puis ils l'avaient mêlé de français ; Regnard, Le Sage n'avaient point dédaigné d'écrire pour eux de spirituelles ébauches, étincelantes de verve^ dans lesquelles les Gelosi encadraient leurs jeux de scène nationaux. La faveur populaire les suivait dans cette transformation ; la bonne société elle-même commençait à se départir envers eux de son dédain pour un plaisir qu'elle avait longtemps jugé d'ordre inférieur, et s'habituait à les aller voir autrement qu'en cachette. Henri IV, Louis XIII avaient successivement confirmé leurs privilèges ; pour que rien ne manquât à leur vogue, ils avaient eu leur persécution : en 1697, Louis XIV, qui commençait à faire pénitence, trouvant leur genre immoral et dangereux, fit fermer d'autorité leur théâtre et les renvoya dans leur pays^ En 1716, le Régent, se souve-
1. Desboulmiers (t. I, p. 32 et suiv.) donne des analyses et des extraits de quelques-uns de ces canevas, et M. Maurice Sand (t. lypassim) les scènes les plus amusantes de Ruzsani, auteur et acteur plein de verve. On a de plus le recueil considérable de Gherardi {Le Théâtre italien de Gherardi^ Paris, 1700, J. B. Cusson et Pierre Witte, 6 vol. in-12; V Avertissement qu*ii faut lire, en tête du tome I, dit très bien en quoi consistait la primitive commedia delt arté). Sur le passage de la comédie improvisée à la comédie récitée, voy : L. Holand, Molière et la comédie italienne, chap. I jet Ji ; Em. Gampardon, 1. 1, p. xn, et surtout deux excellents arli* clés de M^ Fr. Sarcey, dans la Chronique théâtrale du Temps, 12 et 19 novembre 1877. Dans ses Lettres historiques, Boindin suit pas à pas cette transformation et en montre Teffet sur le public. — De nos jours, différents écrivains se sont exercés dans TimitaUon de la commedia deU arte, souvent avec un très grand succès, ainsi M"^^ George Sand {Théâtre de Nohant, 1864, in-18). Récemment paraissait la Mort aux rats, « fiirce italienne en prose française, par Charles de La Rounat, Parisien » (Lemerre, 187d), pastiche très fin, plein d'esprit et de gaieté, et le Chevalier Trumeau, par M. Edouard Pailleron (il sera question de cette dernière pièce ci-après, deuxième partie, chap. n). Enfin, le 11 novembre 1877, M. Alphonse Pages faisait représenter ami Matinées caractéristiques de la Gaîté, sous le titre de Colombine juge et partie, une amusante imitation de Colombine avocat pour et contre, qui figure dans le recueil de Gherardi, t. I, p. 327 et suiv.
2. Gette rigueur de Louis XI V avait une autre cause : Angelo Gonstantini^ qui jouait le Mezsetin (variété d'Arlequin), s'était permis, dans une pièce intitulée la Fausse prude, quelques allusions satiriques à Tadresse de M*^ de Maintenon. (Voy. Eug. Despois, le Théâtre français sous Louis XI V^ p. 66 à 70, et Em. Gampardon, t, I, p. 23 à 2b.) Un des plus pittoresques