‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 255 sur 445 · Jbid., cinquième partie · texte numérisé non relu

Jbid., cinquième partie

U. Ihid,, neuvième partie.

5. Remarquons cependant que, dans se3 romans les plus licencieux, le dix-huitième siècle ne connaissait pas la crudité d'expressions à laquelle nous sommes aujourd'hui trop habitués : « Môme chez Crébillon fils, même chez Laclos, môme aux moments les plus vir^, les personnages ne parlent

Là noblesse. â8â

M'"'' de Ferval, sous c un air de sagesse et de gravite, > avec un soin très attentir de sa réputation de veuve dévote, est en réalité la plus impudique des matrones. Habituée sournoise d'une i maison commode, dont une porte de derrière donne dans une rue très peu fréquentée, » elle y cultive en sûreté des liaisons dont on devine la nature par celle qu'elle ébauche avec Jacob. Celui-ci la rencontre par hasard : a Elle le mesure des pieds à la tête, > et immédiatement, lui donne un rendezvous, où elle l'accueille par ces engageantes paroles : c Voilà vraiment une très jolie hgure, mais très jolie ! Approchez, mon cher enfant, approchez ; prenez un siège et mettez-vous là ; mais cette taille I comme elle est bien prise ! cette tète ! ces cheveux. I en vérité, il est trop beau pour un homme ; la jambe parfaite avec cela; il faut apprendre à danser; n'y manquez pas; asseyez- vous ^ » L'entrelien est interrompu à temps, et, comme disait le vieil officier du voyage à Versailles, a le lecteur est ménagé''. » Mais on en sait assez. Une autre fois, la situation est encore plus hardie ; un jaloux survient : M""" de Ferval n'hésite pas, pour empêcher une scène de scandale, à lui laisser prendre ce qu'elle offrait à Jacob ^.

Quant à M"*' de Fécour, elle ne songe nullement à couvrir ses désordres du mystère hypocrite cher à M""* de Ferval. Son portrait dit assez comment elle procède : a Elle ne pensait jamais à donner de l'amour, mais elle était sujette à en prendre. Ce n'était jamais elle qui s'avisait de plaire, c'était toujours à elle que Ton plaisait. Les autres femmes, en vous regardant, vous disent finement : Aimez-moi pour ma gloire ; celle-ci vous disait naturellement : Je vous aime, le voulez- vous bien ? et elle aurait oublié de vous demander : M aimez-vous ? pourvu que

.qu'en termes mesurés, irréprochables. L'indécence qui est dans les choses n'est jamais dans les mots, et le langage des convenances s'impose^ non seulement aux éclats de la passion, mais encore aux grossièretés de Tinslinct. n (H. Taine, les Origines de la France contemporaine, t. I, p. 173.)

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