IbûJ., § â
yeux sur eux, je les contemple; ils parlent, je prête roreille; je m'informe, on me dit des faits, je les recueille ; et je ne comprends pas comment des gens en qui je crois voir toutes choses diamétralement opposées au bon esprit, au sens droit, à l'expérience des affaires du monde, à la connaissance de l'homme, à la science de la religion et des mœurs, présument que Dieu doive renouveler en nos jours la merveille de l'apostolat, en les rendant capables, tout simples et petits esprits qu'ils sont, du ministère des âmes, celui de tous le plus délicat et le plus sublime.
Enfin, il les accusait, avec une rude franchise, de ne voir dans ce « ministère des âmes » qu'une source d'avantages matériels :
Je vois bien que le goût qu'il y a à devenir le dépositaire du secret des familles, à se rendre nécessaire pour les réconciliations, à procurer des commissions ou à placer des domestiques, à trouver toutes les portes ouvertes dans la maison des grands, à manger souvent à de bonnes tables, â se promener en carrosse dans une grande ville et i faire de délicieuses retraites â la campagne, à voir plusieurs personnes de nom et de distinction s'intéresser à sa vie et à sa santé, et à ménager pour les autres et pour soi-même tous les intérêts humains; je vois bien, encore une fois, que cela seul a fait imaginer le spécieux et irrépréhensible prétexte du soin des âmes, et semé dans le monde cette pépinière intarissable de directeurs '.
Marivaux n'exprime pas d*antipathie aussi, nette. Il ne voudrait, dit-il, « scandaliser personne et donner à penser qu'il raille indirectement l'usage où l'on est de donner sa conscience à gouverner à ce qu'on appelle des directeurs et de les consulter sur toutes ses actions. » Il trouve cet usage c louable et sain en lui-même; » seulement, dit-il, c il y a des minuties dont les directeurs ne devraient pas se mêler aussi sérieusement qu'ils le font. > On peut croira à la sincérité de cette déclaration ; mais, si Marivaux admet une direction réduite à de justes limites, avec quelle verve impitoyable il raille les excès de la direction trop a minutieuse! >
Il incarne donc les directeurs envahissants en la personne de M. Doucin. Celui-ci est matlre absolu chez les demoiselles Ilabert et dirige, avec un despotisme onctueux, non seulement leur conscience, mais leur maison. C'est c un assez petit homme, bien fait dans sa taille un peu ronde, » avec c un teint