M. DOUCIN
fraiSy mais d'une fraîcheur reposée ; l'œil vif, mais de cette vivacité qui n'a rien d'étourdi ni d'ardent S > Sa mine a c je ne sais quoi d'accommodant, d'indulgent et de consolant. > Ecclésiastique mondain, il n'a pas oublié « que la religion même veut qu*on observe sur soi une propreté modeste, aGn de ne choquer les yeux de personne. » c 11 excédait seulement un peu cette propreté de devoir; mais il est bien difGcile d'en trouver le point juste; de sorte que notre ecclésiastique, contre son intention sans doute, avait été jusqu'à l'ajustement^. J^
Le langage qu'il tient aux deux dévotes, aveuglément dociles jusqu'au jour de l'arrivée de Jacob, est un chef-d'œuvre de patelinage. Il ordonne le prompt renvoi de Tintrus, mais M"® Habert cadette défend le pauvre garçon. M. Doucin est stupéfait : c D'où vient, dit-il , cet entêtement dans son sens, cet éloignement pour mes idées, elle que je n'ai jamais vue résister un instant aux conseils que ma conscience m'a dictés pour la sûreté de la sienne? Je n'aime point cette disposition d'esprit-là ; elle m'est suspecte ; on dirait que c'est un piège que le démon lui tend. > C'est bien le démon, en effet : l'amour parle dans le cœur de la dévote révoltée. Le directeur s'en va, furieux c d'un goût qui peut la dégoûter d'être dévote et puis d'être soumise ; adieu l'autorité du directeur, et on aime à gouverner les gens ; il y a bien de la douceur à les voir obéissants et attachés ; à être leur roi, pour ainsi dire, et un roi souvent d'autant plus chéri, qu'il est inflexible et rigoureux. d Il essaye encore d'une tentative auprès de Jacob lui-même, lui remontrant avec douceur, c de la part de Dieu, > qu'il est c une pierre de scandale,» qu'il doit 4 se regarder comme l'instrument du démon, > et s'en aller pour rétablir la concorde compromise'. Jacob ne se laisse pas intimider et le directeur part sans mot dire. Mais un faux dévot se venge toujours. Celui-ci
1. Voy. la suite du portrait : a Du reste, imaginez-vous de courts cheveux... » etc. C'est un morceau exquis, digne pendant du portrait fameux tracé par Boileau, dans la saUre Sur les Femmes :
Qu'il parott bien noiurri 1 quoi Tennillon! qael.tointI etc.
2. Le Paysan parvenu ^ deuxième partie. — Montesquieu MMurque aussi (Lettres Persanes, XLYiii) a l'air gai et le teint Oeuri » d'un directeur fc'U met en scène, et fait dire à Usbek : a Sa parure est plus modeste, mais plus arrangée que celle de vos femmes. »
entrave, par tous les moyens, le mariage du jeune homme avec M^i® Habert cadette S et, s'il ne tenait qu'à lui, le pauvre garçon expierait en prison une résistance qui, dirait Tartufe, blesse le ciel lui-même *.
Nous pourrions signaler encore plusieurs petits portraits, très malicieux et très plaisants, de faux dévots mêlés à raction de la Vie de Marianne et du Paysan parvenu ; mais nous avons bâte d'arriver à la grande figure qui résume, chez Marivaux, les traits divers de l'hypocrisie religieuse, à M. de Climat. Cette figure est digne, avons-nous dit, de prendre place à côté de Tartufe et d'Onuphre, dans cette longue galerie où nos auteurs comiques et satiriques ont rivalisé dans la peinture du plus redoutable de tous les vices, du plus odieux à la franchise de notre caractère national^.
M. de Climal est ce protecteur de Marianne, plusieurs fois