‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 28 sur 445 · Voy. ci-après, deuxième partie, cliap. i · texte numérisé non relu

Voy. ci-après, deuxième partie, cliap. i

3. En pleine période de vogue et de production, Marivaux s'arrête tout à coup, et, d'une année (1726), ne donne rien au théâtre; chose rare chez lui. Une lettre de M"* Aïssé nous explique cette retraite; Sylvia était alors très malade : « La pauvre Sylvia a pensé mourir : on prétend qu'elle a un petit amant qu'elle aime beaucoup; que son mari, de jalousie, l'a battue outrèmcnt, et qu'elle a fait une fausse couche de deux enfants à trois mois ; elle a été très mal ; elle est mieux à présent. M"' Flaminia a eu la méchanceté de prévenir le mari des galanteries de sa femme. Vous jugez bien, à l'amour que le parterre avait pour M"* Flaminia, combien il l'a maltraitée. » (Novembre 1726, p. 93 de l'édition Ravenel.) On voit que Balletti n'avait pas les idées du siècle sur la tolérance conjugale. A part de cette brutalité,

Il avait donné ses premières pièces sans se faire connaître ni du public, ni des acteurs. Les Italiens venaient de jouer la Surprise de V Amour ^j et Sylvia, dans le rôle de la comtesse, avait assuré le succès de la pièce. Cependant elle n'était pas tout à fait contente d'elle-même ; elle craignait de c ne pas saisir toute la finesse de son rôle » ; elle sentait « qu'il était susceptible d'une nuance d'esprit et de sentiment qu'elle n'y mettait point, que sa pénétration et sa sensibilité ne pouvaient atteindre ». Et elle ajoutait: c Je donnerais tout au monde pour connaître l'auteur. > Un ami commun rapporte le propos à Marivaux, qui se décide à satisfaire le désir de l'actrice. II va donc la voir, mais sans se nommer, comme un simple admirateur de son talent. La conversation s'engage sur la nouvelle comédie, dont la brochure est justement sur la toilette de Sylvia: c C'est une comédie charmante, dit-elle, mais j'en veux à l'auteur: c'est un méchant de ne pas se faire connaître ; nous la jouerions cent fois mieux, s'il avait seulement daigné nous la lire. » Marivaux prend la brochure, la parcourt, tout en continuant la conversation, et, rencontrant la scène principale, se met à lire, simplement d'abord, puis avec chaleur, enfin comme s'il eût dirigé une répétition : « il lisait avec une perfection peu commune'. » Sylvia s'étonne, admire et s'écrie enfin: cAh {Monsieur, vous êtes le diable ou l'auteur^. » Marivaux

c'était, disent les contemporains, un parfait honnête homme. Un quatrain du temps (cité par H. Gampardon, t. I, p. 12) lui disait :

Mario que chaeun renomme Pour un acteur ingénieux, Le rôle que lu fais le mieux C'est le rôle d'un galant homme.

— On s'explique assez le vilain rdle de Flaminia dans cette circonstance : ai^e et jalouse, à ce qu'il semble (voy. son portrait dans Boindin, Première lettre, p. 14), elle avait dû voir avec dépit Sylvia, dont elle était le chef d'emploi, prendre rapidement la première place dans la faveur du public. En effet, cela n*avail pas tardé; Boindin, qui, dans sa Première lettre^ conseillait à Sylvia de prendre modèle sur Flaminia, disait dans la seconde (p. 13), quelques mois après : « Sylvia plaît de plus en pins, et sa réputation semble grandir aux dépens de celle de Flaminia. y

Page 1