‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 29 sur 445 · D'Alembert, p · texte numérisé non relu

D'Alembert, p

3. Cette anecdote est racontée en détail par Lesbros (p. 14) et par d'Alembert (p. 581). On la trouve aussi dans la Bibliothèque des romans (octobre 1775, p. 128). Nous la donnons ici d'après Lesbros, le premier en date de ceox qui la rapportent

répondit en souriant qu'il n'était pas le diable, et l'on s'entendit.

S*il fallait retrouver dans la Surprise de V Amour cette scène lue par l'auteur avec un art si accompli, on la verrait volontiers dans celle où la comtesse et Lelio^ dépités l'un contre l'antre, se cherchent à travers les allées d'un parc, en ayant Taîr de s'éviter; ils manœuvrent si bien, qu'ils sont bientôt en présence. Que l'on s'imagine cette réplique pétillante de malice, nuancée et mimée par Marivaux ! C'est la comtesse qui parle :

Hélas 1 Monsieur, je ne vous voyais pas. Après cela, quand je vous aurais tu, je ne me ferais pas un grand scrupule d'approcher de l'endroit où vous êtes, et je ne me détournerais pas de mon chemin à canae de vous.... Je vous plains beaucoup de m'avoir yue; vous souffirez apparemment, et j'en suis fâchée; mais vous avez le champ libre, voilà de la place pour fuir; déliTrez-vous de ma vue. Quanta moi. Monsieur, qui ne vous hais ni ne vous aime, qui n'ai ni chagrin ni plaisir à vous voir, vous trouverez bon que j'aille mon train, que TOUS me soyez un objet parfaitement indifférent, et que j'agisse tout comme si tous n'étiez pas là. Je cherche mon portrait,... et si je ▼ousa^ais aperçu là, il ne m'en aurait coûté que de vous prier très froidement et très poliment de vous détourner. Peut-être même m'auralt-il pris fantaisie de vous prier de chercher avec moi, puisque vous vous trouvez là ; car je n'aurais pas deviné que ma présence vous afiQigeàt ; à présent que je le sais, je n'userai point d'une prière incivile. Fuyez vite, Monsieur, car je continue ^.

Depuis lors, Marivaux n'écrivit plus de rôles de femmes pour la Comédie Italienne, sans la pensée que, destinés à Sylvia, ils devaient mettre en lumière toutes les qualités de l'actrice ; tel effet, tel jeu de scène a visiblement été préparé pour elle; une fois même il lui composa un rôle d'homme qu'elle jouait en travesti*. Presque toujours enfin il donnait le nom de Sylvia aux personnages qu'elle devait représenter. On se demande volontiers si le goût mutuel que l'auteur et son interprète avaient pour leur talent, et l'amitié durable qui en

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