‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 30 sur 445 · Acte n, scène vn · texte numérisé non relu

Acte n, scène vn

2. Le rôle du faux chevalier, dans la Fausse suivante (8 juillet i72h). Ces piquantes métamorphoses n'étaient pas rares dans les rôles d'Isabelle; pour citer encore les Folies amoureuses^ on se rappelle Agathe travestie d'abord en Scaramouche (aete II, scène vi), puis en dragon (acte III, scène vni). Bien plus tard, le 31 juillet 1781, Desfontaines faisait représenter Isabelle Hus^ sard.

fut la suite, ne se changèrent point à la longue en un sentiment plus tendre. Sylvia ne se piquait pas de mœurs bien austères *, et d'Alembert nous apprend' que Marivaux, dans sa jeunesse, € avait vivement ressenti les passions ». Cependant, il ne semble pas que Ton puisse supposer entre eux rien de semblable, toutes proportions gardées, à ce qui exista entre Racine et la Champmeslé. La chronique scandaleuse du dixhuitième siècle, si friande d'indiscrétions de ce genre^ n'eût pas manqué de nous l'apprendre; or, elle est absolument muette à ce sujet. On a du reste une lettre mêlée de vers, que Marivaux adressait à Sylvia pour sa fête, et qui parle plutôt le langage d'une galanterie respectueuse que celui de Tamour :

Vous me disiez hier, Mademoiselle, et bien naïvement: < C'est demain ma fête, Monsieur de Marivaux. Vous, qui vous mêlez de bel esprit, est-ce que vous ne ferez pas quelques vers pour moi ? > Non, en vérité. Mademoiselle ! Je m'en garderai bien ! Vous êtes un point de vue un peu trop dangereux^our moi :

Car enfla, dites-moi, Sylvie, Sur quoi les faire, je vous prie?

Quand on versifie à l'honneur de quelqu'un, le jour de sa fête, on le loue, on célèbre ses bonnes qualités :

C'est d'ordinaire son portrait, Qu'en pareille aventure on fait.

Mais, à faire un portrait de l'espèce du vôtre,

1 . Sainte-Beuve se presse peut-être un peu de croire à la vertu de Sylvia. S'il se fût rappelé la lettre de M"" Aïssé, citée plus haut, il n'aurait sans doute pas écrit ceci {Causeries du Lundis t. IX, p. 371) : « On ajoute (à ses nombreuses qualités d'actrice) que, dans la vie, sa conduite fut toujours sans tache, et qu'elle ne voulut que des amis, jamais des amants. » U a des doutes cependant, car il déclare ne pas vouloir « trop insister sur ce point délicat et souvent obscur ». — En revanche la réflexion que lui inspire cette vertu problématique est de toute justesse : u U est à noter que, pour bien jouer Marivaux, pour représenter tous ces rôles de femme,... si distingués, si délicats, si calculés, il n'est pas besoin d'une grande sensibilité de cœur, et que cette qualité serait peut-être nuisible. » Et il rappelle le souvenir de M*** Mars, la meilleure des interprètes de Marivaux depuis Sylvia : « J'ai ouï dire que M**' Mars elle-même avait peu de sensibilité proprement dite ; mais elle était née pour jouer du Marivaux, avec cette ingénuité habile, avec cet art du naturel, avec cet organe charmant, enchanteur, et cette voix sonore à travers laquelle se dessinaient les moindres intentions comme des perles dans une eau limpide. »

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