‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 299 sur 445 · JOURNAUX DE MORALE · texte numérisé non relu

JOURNAUX DE MORALE

second plan, car il se propose avant tout de faire œuvre utile : « Si mes amis, écril-il en tète du Spectateur, venaient me dire que je passe pour un bel esprit, je ne sens pas, en vérité, que j'en fusse plus content de moi-même ; mais, si je voyais que quelqu'un eût fait quelque profit en lisant mes réflexions, se fût corrigé d'un défaut, oh I cela me toucherait, et ce plaisir-là serait encore de ma compétence ^ » Car, à ses yeux, la morale pratique est ce qu'il y a de plus important, non seulement dans la conduite de la vie, mais encore dans la philosophie tout entière : < Laissez, dit-il, à certains savants, je veux dire aux faiseurs de systèmes, à ceux que le vulgaire appelle philosophes, laissez-leur entasser méthodiquement visions sur visions, en raisonnant sur la nature des deux substances, ou sur d'autres choses pareilles. A quoi servent leurs méditations là-dessus, qu'à multiplier les preuves que nous avons déjà de notre ignorance invincible ' ! > Marivaux méconnaît ici la noblesse de ce désir, toujours déçu, toujours renaissant, qui pousse l'homme à chercher, sans les trouver jamais, la raison et le pourquoi des choses. Il prend trop aisément son parti des boines posées à la connaissance humaine : « Ne nous révoltons point contre cette admirable économie de lumière et d'obscurité que la sagesse de Dieu observe en nous à cet égard ; en un mot, ne cherchons point à nous comprendre ; ce n'est pas là notre tâche. » Et il conclut : € Laissons donc là cette science que personne ne me demande, que je ne demande à personne et que toutes nos lumières nous refusent. Soyons bons et vertueux; on apprend si aisément à le devenir! Ce que je voudrais raisonnablement qu'un autre fît pour moi, ne le fit -il point, m'enseigne ce que je dois faire pour lui ; voilà toute la science dont il s'agit, voilà la seule qui soit nécessaire ; elle est

qui a joint à son livre sur Marivaux moraliste une suite d*extraiU asses étendus (ils occupent 202 pa^es d'un volume qui en compte 348). Cependant, un grand nombre de morceaux de premier ordre, un très grand nombre de courtes pensées d'aussi grande valeur que des morceaux développés, ne se trouvent dans aucun de ces deux recueils. Un choix définitif, à la fois complet et sans longueurs, reste à faire. Remarquons que le recueil de Lesbros porte inégalement sur l'ensemble des œuvres de Marivaux, et celui de M. Gossot sur les seules œuvres morales, avec adjoucti m de la Mère confidente en entier.

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