SA VIE ET SES ŒUVRES
La destinée de Marivaux est une des plus singulières dont notre littérature offre l'exemple. Durant sa longue carrière d'auteur dramatique, de moraliste et de romancier, ses diverses tentatives échouent aussi souvent qu'elles réussissent, et, malgré l'éclat durable de plusieurs de ses succès, il n'a toute sa vie qu'une vogue incertaine et une réputation contestée. En effet, parmi ses nombreuses comédies, quatre ou cinq à peine sont franchement applaudies à leur apparition et restent au répertoire ; ses deux romans, accueillis d'abord avec beaucoup de faveur, demeurent inachevés, car l'auteur et les lecteurs se fatiguent avant la fin, et ses essais de critique et de morale, publiés sous forme de journaux, s'arrêtent tous au bout de quelques feuilles, pour la même cause que ses romans. Après sa mort, lorsque son talent ne peut plus porter ombrage à personne, ceux de ses contemporains qui essaient de l'apprécier et de marquer sa place, ne le jugent pas avec une entière justice. Grimm écrit, à la date même de sa mort : < Il avait un genre bien à lui, très aisé à reconnaître, très minutieux, qui ne manque pas d'esprit, ni parfois de vérité, mais qui est d'un goût bien mauvais et souvent faux. > Et ce jugement d'une sécheresse tranchante, il le complète par une comparaison dédaigneuse et par une réflexion « de chêne à roseau ' )) : « Il a