‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 302 sur 445 · L'Indigent philosophe y première feuille · texte numérisé non relu

L'Indigent philosophe y première feuille

3. Le Spectateur français, dix-septième, dix-huiUème et dix-neuvième feuille, sous le titre de Mémoire de ce que fai fait et vu pendant ma vie, Voy. ci-après, p. 487.

&. Ibid.y onsième feuille. On ne sait trop où Marivaux peut avoir pris le sujet de cette histoire, d'une singularité plus orientale qu'européenne. Un jeune seigneur polonais, Mirski, aime Eléonore, demoiselle de grande condition; un événement imprévu empêche levr mariage, et Mirski au désespoir supplie Eléonore de céder à sa flamme, en attendant que l'obstacle soit levé. Eléonore hésite, mais une suivante lui indique un sûr moyen de mettre à répreuve la fldélité de Mirski : c Vous avei chez vous une jeune esclave qui a de l'esprit, et dont le son de voix est le même que le vôtre ; nous nous y méprenons tous les jours. Feignez de consentir à ce que Mirski vous propose, mais de ne vouloir accepter sa foi que la nuit; la jeune esclave tiendra votre place, Mirski s'y trompera dans les ténèbres, et la croira son épouse. »> Si l'amour de Mirski survit à cette satisfaction' illusoire, Eléonore pourra croire à la sincérité de son amant. Or Mirski, dupe de la substitution, se

sauf la chasteté et la délicatesse du pinceau en un sujet très scabreux y détaché du Décaméron de Boccace ou des Nouvelles de la reine Marguerite, le voyage dans le Nouveau-Monde S Tamusante lettre du mari qui déplore l'économie ruineuse de sa femme'; dans un genre tout diiïérent, les lettres d'une jeune fille séduite à son amant et à son père^, d'une jeune femme, qui veut rester honnête, à l'homme qui veut la séduire^, d'un père sur l'ingratitude de son' fils % le poignant

refroidit sensiblement ; Eléonore lui apprend par quelle ruse il a été mis à répreuve, et il meurt de dépit.

On retrouve une donnée du même genre dans le curieux roman de M. Victor Cherbnliez, V Aventure de Ladisiaa Bohki (1869), dont Taction se passe aussi en Pologne, et d'où Tauteur a tiré une comédie en cinq actes (Vaudeville, 20 janvier 1879). L'esclave complaisante devient une jeune soubrette, qui, éprise de Ladislas^ elle aussi, accepte de jouer jusqu'au bout le rôle de sa maUresse. Malgré le mérite de la pièce, le public fit mauvais accueil au récit de ce dévouement.

1 . Le Cûbmet du Philosophe^ feuilles six à onie inclusivement — Cette histoire, asces étendue, comme on le voit, et conduite jusqu'au bout, sans interruption, avec une constance trop rare chei Harivaiix, est une des meilleures études morales qu'il ait écrites. L'idée en est très originale : un jeune homme, trompé par son ami et sa maîtresse, s'expatrie et se lie en pays étranger avec un sage qui lui apprend d'abord, par une série de convirsations et de lectures, à distinguer la véritable pensée de chacun malgré les artifices de la parole, et qui lui offre ensuite de le conduire dans un pays où les hommes sont incapables de se contrefaire. Or, ce pays est la France *, on n'y est pas plus franc qu'autrefois, mais, gr&ce aux lumières (|u'il doit à son ami, le jeune observateur lit sans peine dans les plus secrètes pensées, dans les gestes, dans les regards. De cette fiction, Marivaux a tiré quelques scènes du meilleur comique et d'une finesse exquise. On sait comment ii^^ Em. de Girardin a traité, sans doute d'après Marivaux, un sujet analogue (ie Lorgnon^ 1831) : chei elle, par une heureuse modification de la donnée primitive, l'observateur doit sa perspicacité à un lorgnon magique ; de plus, elle a considérablement étendu le siqet.

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