ûf., deuxième feuille
5. /6ûf., quatorsième feuille. — Ce morceau excite chei d'Alembert une ailmiration qui, à vrai dire, se traduit vers la fin d'une façon un peu singulière : « Cette lettre, dit-il (p. 589), pleine de la sensibilité la plus touchante et la plus vraie, est peut- être le meilleur ouvrage de Blarivaux, quoique, par malheur pour lui, ce soit un des moins connus. L'âme honnête et tendre d'un père affligé s'y montre avec tant d'intérêt et de vertu, l'expression de sa douleur est si naturelle et d'une éloqueuce si simple, qu'on serait tenté de croire cette lettre d'une main étrangère, si l'auteur n'eût pas été le plus incapable de tous les hommes de se faire honneur du travail d'autrui. » Viilemain dit avec plus de bonne grâce : « Aves-vous lu sa lettre d'un père qui se plaint d'un fils ingrat? 11 n'y a pas une affectation,
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récit d'une jeune (ille qui lulte contre la misère et résiste au déshonneur ^ On devine, à la seule énumération de sujets si différents, quelle souplesse de talent Marivaux a dû y déployer. On s'attendait bien à le retrouver aimable et fin, ingénieux et délicat; on l'espérait beaucoup moins pathétique et véhément, d'une éloquence tantôt déchirante, tantôt indignée, nous arrachant des larmes sur la vertu malheureuse et raffection trahie. Nous le préférons même dans les passages où il déploie ces dernières qualités, non seulement pour le piquant contraste qu'ils offrent avec sa manière habituelle, mais encore parce que trop souvent maniéré, précieux et traînant dans le badinage', il est toujours simple, naturel et rapide dans les morceaux sérieux. Enfin, cédant à ce goût de romanesque et de merveilleux dont son théâtre offre tant de marques, il prodigue chemin faisant de délicieuses fantaisies allégoriques, d'ingénieux ou charmants contes de fées. Il se promène dans des jardins, qui rappellent celui de Guillaume de Lorris, où fleurit la rose mystique^, il entre dans les palais enchantés où habitent la beauté et le je ne
pas un effort : ce sont des circonstances toutes simples, senties par une âme vive ; et rien n'est plus éloquent. » (Littérature au dix-htUtième siècle, Ireisième leçon.)
1. Le Spectateur français, quatrième feuille. — Il y a dans ce récit un court passage, déchirant dans sa brièveté. La jeune fllle raconte à sa mère, malade de misère, les infimes propositions de fortune qu'un séducteur lui a f.tites : c Elle m'a baignée de ses larmes, elle a jeté sur moi des yeux tout (égarés, et s'est retournée de l'autre celé, sans me dire une seule parole. Je ne sais pourquoi je ne l'ai point pressée de parler; il semble que cet'e femme vertueuse ait perdu tout courage; ... et moi je voudrais mourir pour être délivrée du péril de la voir. » Voy. ci-après, p. 473, n. d.
2. Par exemple dans les cinq Lettres contenant une aventure adressées primitivement au Meixure et réunies en tète des Pièces détachées. C'est l'histoire, incomplète, du premier amour de deux jeunes filles, Tune sentimentale, l'autre rieuse. Joli sujet, que Marivaux a gâté par l'abus de l'analyse alambiquée. Ou dirait non pas une œuvre de début, mais une erreur de vieillesse, tant les défauts de l'auteur y sont poussés à l'excès. A peine si deux ou trois passages gracieux et spirituels dédommagent le lecteur.
3. Le Spectateur français^ sixième feuille. Le pbUosophe est transporté en songe dans un parc, jadis très beau, aiyourd hui inculte, au milieu duquel se voient les ruines d'un admirable château, demeure abandonnée de l'Amour et de l'Estime, compagne inséparable du dieu aux beaux temps de la galanterie. C'est une allégorie semblable à celle de l'Amour et la Vérité et du Triomphe de Plutus. (Voy. ci-dessus p. 37, p. 5, et 259-262.)
sais quoiy c'est-à-dire la grâce, plus belle encore que la beauté*.
Malgré ces fantaisies romanesques^ malgré ces grands morceaux d'éloquence sérieuse, il ne faudrait pas re^rder Marivaux comme un moraliste spéculatif, qui s'abandonne aux rêves d'une imagination capricieuse, ou s'échauffe par la méditation solitaire de quelques lieux communs. Au contraire, ses études morales se distinguent surtout par fm cachet d'observation directe, personnelle et comme vécue. Lorsqu'il nous parle du monde élégant, des femmes coquettes, des beaux esprits, nous le croyons volontiers bien renseigné ; nous savons qu'il passait dans les salons une partie de sa vie. Mais gai^onsnous de suspecter la sincérité de ses études de mœurs bourgeoises et populaires. Il se met souvent à la fenêtre et regarde; il descend dans la rue, se mêle à la foule, entre dans les boutiques, lie conversation avec les promeneurs et les passants. Un soir, à la sortie du théâtre, il s'arrêtera sur l'escalier de la comédie et restera longtemps en contemplation, examinant € les porteurs de visage, » hommes et femmes, qui défilent devant lui, décrivant par le menu tous leurs manèges de vanité et démêlant, avec la plus amusante sagacité, les pensées qui traversent toutes ces cervelles de jeunes fats et de coquettes '. Un matin, il est à sa fenêtre, lorsque arrive un coup de vent. Il va se retirer, car la place n'est plus tenable ; mais le désir d observer lui fait braver la tempête. En effet, le spectacle de la rue à ce moment mérite l'attention :
Je n'ignorais pas, dit-il, que le vent causait bien des malheurs, qu'il abattait des maisons, déracinait des arbres, qu'il couchait les blés à terre, sans parler des ravages qu'il fait sur mer. Je ne mets point en ligne de compte la poussière dont il nous aveugle, les chapeaux qu'il enlève de dessus nos têtes ; voilà tous les tristes effets que je lui connaissais. Point du tout ; avec cela, il peut encore affliger les hommes personnellement, il chagrine leur amour-propre'.
Il énumère donc les désastres amusants dont le carrefour voisin est le théâtre, celui-ci par exemple : de jeunes
1 . Le Cabinet du Philosophe^ deuxième feuiUe. Voy. ci-après, chap. v, à la An.