Ibid., quinsième Ibuille
JOURNAUX DK MORALE. 455
élégants passaient c dont les cheveux étaient frisés, poudrés, accommodés avec un art dont le Français seul est capable : )>
L'air ne paraissait d'abord agité d*aucun zéphir, et, sur la foi de ce calme perfide, ces pauvres jeunes gens marchaient leste ; ils jouissaient en pleine sécurité de la beauté de leur chevelure et de la poudre qui Tornait. Mais qu'en ce monde nos plaisirs sont de courte durée! Ces jeunes gens étaient contents ; crac! une bourrasque survient, les voilà dans l'embarras ; le vent souffle, les prend à Toreille gauche, et vite^ ils se baissent, ils se tournent, ils appellent cent différentes postures au secours de ce malheureux côté que le vent insulte. Quel état douloureux ! il me touchait ; j'étais fâché de m'étre mis à la fenêtre, je combattais contre le vent avec eux ; mais il triomphait, tout allait en désarroi ^
L'observateur suit ainsi les péripéties de la bataille, jusqu'au moment où le vent est décidément vainqueur.
Les jours de fête publique, par exemple lors de l'entrée à Paris de l'infante d'Espagne', Marivaux est devant les Tuileries, au milieu de la foule, c qui se renverse la tête pour considérer les arcs de triomphe ; » il écoute les réflexions du badaud, les discours du nouvelliste, dont il trace un portrait digne de La Bruyère^. Mais il aperçoit dans une échoppe un savetier qui, malgré la fêle, travaille d'un sang-froid admirable, jette de temps en temps un regard sur les curieux qui s'étouffent et hauâse les épaules d'un air de pitié. Il prend envie à Marivaux € de voir de près ce philosophe subalterne et d'examiner quelle forme peuvent prendre des pensées philosophiques dans la léle d'un homme qui raccommode des souliers ; » il entre donc dans l'échoppe et cause longuement avec le savetier *. Une