Le Spectateur français, quinzième feuiUe
2. U s'agit de la très jeune fllle de Philippe V, alors âgée de quatre ans, fiancée à Louis XV, âgé de quinze, et renvoyée brutalement deux ans après par le duc de Bourbon, pour faire place à Marie Leczinska. On peut voir de curieux détails sur l'arrivée à Paris de In jeune princesse dans les Portraits intimes du dix-huitième siècle de MH. de Concourt, p. 7 et suivantes Louis XV enfant).
3. Voy. ce portrait, trop long pour être cité ici, et comparez La Bruyère, Du Souverain ou de la Hépubliquey § H. Voy. aussi la curieuse élude de M. Gaston Boissier sur les nouvellistes romains, d'après les historiens latins, dans son livre %urV Opposition sous les Césars, chap. u. — Enfin Montesquieu lieiiii\\iïaiU$sï\es Nouvellistes (Lettres persanes ^C\\Ji)\\i y a dans ce portrait plus d'esprit peut-être, mais à coup sûr moins de vie que dans celui de Marivaux.
^. Le Spectateur français^ cinquième feuille.
autre fois, ii se trouve sur un banc de promenade à côté d*un homme à c Tair pesant et tacitunie, > qui paraît un sot ; mais, pour qui vit au milieu des gens d*esprit, la conversation d'un sot a le mérite de la nouveauté. L'homme éternue ; Marivaux c répond par un coup de chapeau ; » il veut c faire sortir cet esprit de sa coquille, » et il y parvient après c quelques discours vagues sur la chaleur, sur le besoin de pluie, » etc.'. Pour étudier le type si particulier du boutiquier parisien, Tart de plaire au client, de t Tenjoler, > il suit un provincial chez un drapier, et note tous les manèges de Tacheteur et du marchand, la résistance de la mouche, la stratégie de Taraignée*.
Le Spectateur français^ avons-nous dit, est une imitation du Spectateur anglais ^ ; il emploie la même fiction littéraire, use des mêmes procédés et tend au même but moral. Il y a cependant plus de différences que de ressemblances entre Marivaux et Addison. D abord, Marivaux manque de cette forte culture classique qui fait courir à travers les pages du Spectateur anglais la riche sève de la plus pure antiquité ; s'il parle deux ou trois fois des Anciens avec plus de bon sens qu'on n'en espérerait d'un ami de La Motte, trop souvent il se^montre à leur égard injuste, dédaigneux, grossier même. Addison est très anglais dans sa façon de raisonner et d'envisager les choses ; sa morale est simple, pratique, utilitaire comme le caractère national'. Celle de Marivaux, plus fine, moins dogmatique, a plus d'élévation.
Mais l'esprit logique et ami de la règle qui inspire le Spec^ tateur anglais lui donne un mérite qui manque trop au Specta^ teur français : s'il y a dans le premier moins d'imprévu et de caprice, il n'y a ni décousu ni fatras. Addison ne laisse jamais de sujets en l'air, comme Marivaux; il thtite tout dans la juste mesure, jusqu'au bout d'un développement régulier. Enfin, au contraire de ce que Ton attendrait, on