Littérature au dix-huitième siècfe^ seisième leçoo
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pher, où les vérités mathématiques sont l*objet d'ane prérérence de plus en plus marquée, à soutenir que les vérités morales ne sont ni moins certaines, ni moins fécondes ; tous doux les dégagent, les épurent, les défendent et les donnent pour but à la philosophie dévoyée, pour inspiration aux lettres injustement dédaignées.
Il n'est pas jusqu'à leur tour d'esprit et de sentiment, jusqu'à leur manière de sentir et de rendre, qui ne les eût bientôt rapprochés. Marivaux aimait, comme Vauvenargues, l'observation, la méditation solitaire, les promenades où l'on voit ce que les autres ne regardent pas, les longues contemplations silencieuses et pleines de pensées; plus moraliste que philosophe, il aimait à interroger son cœur, à se rendre compte de ses sentiments ; comme Vauvenargues S il était assez ignorant, préférant aux livres l'étude directe de lui-même et de l'homme, traitant celui-ci avec une sorte d'indulgence douce et triste, qui n'est pas dupe, mais qui excuse parce qu'elle comprend, ne voulant rien lui retrancher de ses passions, essayant seulement de les diriger habilement et de les tourner vers le bien ' ; comme lui, enfin, il avait la pitié pour ceux qui souffrent, les humbles, les petits, les dédaignés^. En dépit de sa réputation, Marivaux ne marivaude pas aussi souvent qu'on le croirait, surtout dans ses œuvres morales ; il n'est subtil, obscur, recherché que par exception ; le plus souvent, bien qu'il ne renonce pas à la finesse, il trouve, pour exprimer sa pensée, une forme simple et vive, une langue pure, un style net et ferme. De même Vauvenargues; et encore celui-ci, dont la clarté est l'habitude, rafline-t-il quelquefois à l'excès, et dans ce cas, il se rap-
1. « n ne fut jamais en état de lire une page de latin, moins encore de grec. » (L. Gilbert, Éloge de Vauvenargues, p. 22.)
2. Vauvenargues se sépare en effet des moralistes du dix-septième siècle, qui combattaient les passions et ne voyaient en elles qu*un principe d'aclioo nuisible et mauvais. Vauvenargues protesta contre ce dénigrement et, avant Rousseau, soutint avec énergie qu*il y a des passions louables et bonnes, et que, les retrancher à Thomme, c'est le diminuer et le rabaisser à l'excès. Sainte-Beuve fait ressortir Toriginalité el les avantages de cette doctrine; voy. Causeries du Lundi, t. III, p. 128 a 132. M. Nisard la dégage aussi, mais pour la combattre et en montrer Tincertitude et le danger [Hùttoire de la littérature française^ 1. IV, p. 307). Voy. les mêmes idées ches Mari- Viiux, ci-après, p. A71, n. 2.