‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 319 sur 445 · Pensées, art. m, édil. Havet, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Pensées, art. m, édil. Havet, 1. 1, p

2. Le Spectateur français , vingt et unième feuille. — Cette théorie de la conscience venait à Marivaux du milieu où il s'était formé. M""' de Lamberl, dit Sainte-Beuve, « est Tun des premiers moralistes qui, au sortir du dixseptième siècle, soient revenus à l'idée très peu janséniste que le cœur humain est assez naturellement droit, et que la conscience, si on sait la consulter, est le meilleur témoin et le meilleur juge.... lUle donne, à sa manière, le signal que Vauvenargues, à son tour, reprendra, et qui, aux mains de Jean-Jacques, deviendra un instrument de révolution universelle. » (Causeries du Lundi, t. IV, p. 231 .;

cœur, iniquilé de toute espèce, porte toujours son nom naturel et n'en change jamais pour des gens comme nous... Le moyen qu'on se trompât sur noire chapitre! Nous ne sommes revêtus de rien qui soit respectable pour les autres hommes, de rien qui étourdisse, qui subjugue leur imagination en notre faveur; rien ne nous couvre pour ainsi dire; nous sommes tout nus.... — Mais, quand on est environné d'honneurs ; quand on est revêtu de dignités, de grands emplois, oh ! pour lors, mon enfant, les choses prennent une nouvelle face ; cela jette un fard sur celle misère dont je viens de parler, qui en corrige, qui en embellit loules les difformités. Pour lors, soyez méchant et vous brillerez; nuisez à vos rivaux, trouvez le secret de les accabler, ce ne sera là qu'un triomphe glorieux de votre habileté sur la leur; soyez toute fraude cl toute imposture, ce ne sera rien que politique, que manège admirable. Vous êtes dans l'élévation, il suffit; et les hommes, qui sont vains et qui voudraient bien être où vous êtes, vous regardent avec autant d'égards qu'ils croiraient en mériter s'ils étaient à votre place. En respectant vos honneurs, c'est l'objet de leurs désirs qu'ils caressent. Leur vanité, faute de mieux, prend plaisir à considérer votre importance, celle des affaires que vous maniez et des relations que vous entretenez, l'étendue d'esprit dont vous avez besoin, et la beauté du mystère ou des stratagèmes qui vous sont nécessaires dans toutes vos relations, quelles qu'elles soient. Fussent-elles indignes, n'importe ; quelquefois même elles y gagnent, elles en paraissent de plus grands coups; on a opinion qu'elles partent d'une grave nécessité politique, et cela leur donne un air de majesté ^

Les règles essentielles de la morale une fois posées, Marivaux les applique avec ce large esprit de tolérance qui est l'honneur du dix-huitième siècle, et que, Ton des premiers, notre auteur porta dans la morale, quoique très sincèrement chrétien ^. Il ne la fait dépendre d'aucun dogme, d'aucune théorie métaphysique, comprenant que, pom*être inattaquable, elle

1 . Le Spectateur français^ vingt-deuxième feuille. — La méchanceté, si à la mode au dix-huitième siècle dans la haute société, sous forme de persinajçe, de scepticisme agressif, de durelé dédaigneuse et froide (voy. le Méchant^ de Gresset), était une des grandes haines de Marivaux. Il dil« dans la cinquième feuille de V Indigent philosophe, consacrée en entier à cette desséchanlc maladie morale : « Je ne sais on mettre le méchant ; il ne serait bon qu'au néant, mais il ne mérite pas d'y être. Oui, le néant serait une faveur pour ce monstre d'une espèce singulière, qui sait le mal qu'il fait, qui goûte avec réflexion le plaisir de le f^ire, et qui. sachant de quelles peines il serait \e. plus affligé, apprend par là à vous frapper des coups que vous (levez le plus vivement sentir ; entin qui ne voit le mal qu*il peut vous faire, que parce qu'il voit le bien qu'il vous faudrait. »

2. 11 est inutile de remarquer que ni La Rochefoucauld ni La Bruyère ne sôparcnl la morale du dogme chrétien.

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