LES MOEURS DU TEMPS: L'AMOUR
doit ne relever que d'elle-même et découler directement de ridée du bien. Il dira, par exemple, à un débauché : a Cen*est point une exhortation pieuse, ce ne sont point des sentiments dévots que vous allez entendre ; non, je vais seulement lâcher de vous tenir les discours d'un galant homme, sujet à ses sens aussi bien que vous; faible, et, si vous voulez, vicieux ; mais chez qui les vices et les faiblesses ne sont point féroces, et ne subsistent qu'avec laveu d'une humanité généreuse ^ »
Celle tolérance toutefois n'exclut pas une sévérité plus nécessaire au dix-huitième siècle que jamais. Pour juger les tristes travers de son lemps^ Marivaux sort à l'occasion de son indulgence habituelle. Il a des cris de colère et des accès d'indignation :
La plus étonnanle chose du monde, dit-il, dans un vigoureux pas- Sf'ige sur riDJustice, c*est qu*il y ait toujours sur la terre une niasse de vcrlu qui résiste aux affronts qu'elle y souffre el à l'encouragement qu'on y donne à riniquilé même; car tous les hommes sont pour l'iniquité, quand elle peut échapper aux lois qui la condamnent, el assurément il y a plus de coupables honorés dans le monde qu'il n'y en a de punis.... Il faut que les hommes porlenl dans leur âme un furieux fonds de justice, et qu'ils aient originairement une bien forte vocation pour marcher dans l'ordre, pour qu'il se trouve encore d'honnêtes gens parmi eux ^.
Une de ses plus belles pages, déjà signalée^, est celle où il fait raconter par unejeutie iille les tentatives de séduction auxquelles l'expose la misère*. Une éloquence passionnée
i . /^ Spectateur français, quatrième feuille.