La Place^ Pièces iniéressinles, 1785-1790, t. IV, p
2. Représenté, le 2 décembre 1724, au Théàlre-Français, et joué six fois seulement. La pièce cependant est des meilleures et des plus soignées que Uarivaux ait écrites ; les contemporains, qui lui firent si froid accueil, le reconnaissaient : « On convient, écrivait le Mercure (décembre 1724), qu'elle est pleine d'esprit et fort bien écrite. »
Ce qui n'empêchait pas Piron de mettre ie Dénouement imprévu au nombre des pièces nouvelles, a qui n'avaient pas eu plus de succès sur les inêâires que dans les boutiques de libraire », et de la faire crier par un colporteur, chantant à la porte de l'Opéra-Comique :
Hélas 1 je m'égosille en Tain :
Je ne vends pas un livre.
Il faudra que je donne enfin Tout à six liards la livre.
Prologue des Chimères, opéra-comique en deux actes, 1726 (CEuvres complétée de Piron» édit. Rigoley de Juvigny, 1776, t. IV, p. 121).
Serments indiscrets ^ Quelques-unes de celles que nous gardons comme ses chefs-d'œuvre, le Princetravesti ', le Legs ^, tombent à la première représentation et ne se relèvent que plus tard.
Or, veut-on savoir ce qu'étaient pour Marivaux les soirées indécises ? Une lettre de M"* de Bar à Piron va nous l'apprendre :
Je ne conçois pas les comédiens. Us ont affiché pour aujourd'hui, mardi, les Serments indiscrets. Voilà ce qui ne s'est jamais vu. Une pièce qu'on sifÛe depuis le commencement du second acte jusqu'à la troisième scène du cinquième^; une pièce où Ton fait détaler les acteurs à force de crier: Annoncez! — Croient-ils que le public s'en dédira et qu'il la trouvera bonne? Je le désire plus que je ne l'espère ^.
Quant aux chutes bien franches, nous pouvons en juger par celle du Petit-maître corrigé (Théâtre-Français, 6 novembre 1734), racontée par le même témoin :
Le parterre s'en est expliqué en termes très clairs et très bruyants ; et môme ceux que la nature n'a pas favorisés du don de pouvoir s'exprimer par ces sons argentins qu'en bon français on nomme sifflets, ceux-là, dis-je, enfilèrent plusieurs clefs ensemble dans le cordon de leur canne, puis, les élevant au-dessus de leurs têtes, ils firent un fracas tel qu'on n'aurait pas entendu Dieu tonner ; ce qui
1. Ils tombèrpot à plat le premier soir (Théâtre-Français, 8 juin 1732), se traînèrent pendant huit représentations, puis furent retirés de l'affiche, sous prétexte de l'indisposition d'un acteur (Mercure^ juin 1732). On les reprit plus tard ssec succès.
2. Théâtre-Italien, 7 février 1724. SifOets le premier soir; revanche à la seconde représentation : celle-ci, dit le Jlfercure(février 172A), « a été des plus complètes; elle s^est passée sans tumulte; les beaux endroits ont été raisonnablement applaudis. »
3. Théâtre-Français, 11 juin 1736. L'accueil du premier soir est très froid, mais sans sifflets; la pièce fait merveiUe aux représentations suivantes {Mercure, février 1736).