‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 330 sur 445 · En 738 vers, 77 de plus que celle de Juvénal · texte numérisé non relu

En 738 vers, 77 de plus que celle de Juvénal

3. C'est La Rochefoucauld peut-être, qui, de tous les moralistes, a été le plus impitoyable pour les femmes (Maximes^ notamment 73, 209, 210, 268, 285, 356, etc.) ; le grand Àrnauld reçut avec un véritable enthousiasme la satire de Boileau (Sainte-Beuve, Pori-Boyal^ t. V, p. 502), et Port-Royal tout entier, quoique soutenu par elles, les vit avec défiance. En revanche, Bossuet, consolateur de M^'* de la Vallière, conresseur et ami de la duchesse d'Orléans, les défend contre Boileau [Traité de In concupiscence, chap. xvin).

à. On sait avec quelle vigueur de raisonnement et quelle conviction persuasive la cause des femmes fui reprise par J.-J. Rousseau dans Èmiley livre V. Rousseau avait un système beaucoup plus complet et mieux lié que les théories un peu vagues de Marivaux; il montrait le remède à côté du mal, il traçait pour elles, chose essentielle, un plan d'éducation et d'instruction (voy. sur cette importante partie de \ Emile, Touvrage de M. J. Baroi, Histovt des idées morcdes et politiques en France au dix-huitième siècle, t. II, vingt-sixième leçon, et celui de M. Saint-Marc-Girardin, 7.-7. Rousseau, sa vie et ses ouvrages, chap. xn). Marivaux n'en a pas moins le mérite de devancer son époque et de plaider la cause légitime des femmes, le premier depuis Bo^^suet, Fénelon et M"* deMaintenon ; mais, pas plus sur cette question que sur plusieurs autres, les historiens de la iitlcrature ou de la philosophie ne l'ont mentionné ; celui que nous citions tout à l'heure, M. Barni, un des plus complets et des mieux informés, relevant, en dehors des chefe du mouvement, les noms de tous les novateurs d'idées au dix-huitième siècle, de tous les auxiliaires des philosophes, depuis Quesnay jusqu'à Beaumarchais, en passant par l'abbé Morellet et Thomas, M. Barui ne prononce même pas le nom de Marivaux (t. deuxième leçon)

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deux sexes, au moins des mœurs qui honorent les femmes, relèvent leur condition, leur rendent plus faciles leurs nombreux devoirs, leur attribuent enfin une part plus active et plus directe dans l'éducation des enfants. Celle-ci doit être, selon Marivaux, la principale occupation des femmes et leur influence doit y être prépondi'îrante. Nous avons vu ce qu'il pensait de la sévérité qui mettait entre les mères et les tilles un abîme glacé ; il n'en veut pas davantage pour les garçons que pour les filles. 11 a vu dans une famille un jeune homme de dix-huit ans élevé dans une retenue et une crainte continuelles; il raconte ainsi Timpression que lui a produit cette pauvre victime :

Je ne lui ai pas entendu prononcer un mot tant que le père a été avec nous; il n*a parlé que par révérences, à la fin desquelles je voyais qu'il regardait son père, comme pour lui demander si, en saluant, il s'était conformé ù ses intentions. Le père a disparu pour quelques moments; j'avais bien jugé que sa présence tenait Tâme de son fils captive, et j'étais bien aise de voir un peu agir cette âme, quand elle était libre, et quand on la laissait respirer ; j'ai donc interrogé ce jeune homme d'un air d'amitié. Le pauvre enfant, par la volubilité de ses réponses, a semblé me remercier de ce que je lui procurais le plaisir de parler. Il se pressait de jouir de sa langue. Je ne sais comment il faisait ; mais il avait le secret de répondre à ce ({ue je lui disais, sans qu'il se donnât le temps de m'écouter; car il parlait toujours... Il commençait un récit, quand le père, en toussant s'est fait entendre dans la chambre prochaine ; le bruit de cette redoutable poitrine a remis la langue du jeune homme aux fers. J'ai vu la joie, la confiance et la liberté fuir de son visage; il a changé de physionomie; je ne le reconnaissais plus ^

Cette scène inspire à Marivaux les plus sages réflexions. Il se demande si ce père, < qui n'a jamais vu le visage de son tils, » connaîtra jamais son esprit et son cœur, s*il pourra jamais corriger des défauts qui n'osent se montrer devant lui, car^ efiruyés d'une extrême sévérité, 9 ils se sont sauvés dans le fond de Tâme. » Un fils élevé de cette manière est « un esclave qui soupire après la liberté, et qui en usera comme

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