‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 332 sur 445 · Le Spectateur français, seizième feuille · texte numérisé non relu

Le Spectateur français, seizième feuille

486 LE iMORALiSTË.

rien, qui n'ont point d'âme, » mais un jeune homme bien doué par la nature ne saurait y résister. Celui dont il parle craint plus ces affectueuses remontrances que tous les châtiments :

Je pleurais de tout mon cœur alors, je lui promettais en rembrassant de ne lui plus donner le moindre chagrin, et je tenais parole ; je me serais même fait un scrupule de la tromper, quand je Taurais pn. Ce mélange touchant de bonté et de plaintes, cette douleur attendrissante qu'elle me témoignait quand je faisais mal, me suivaient partout ; c'était une scène que je ne pouvais me résoudre â voir recommencer'.

Marivaux, on le voit, sentait et comprenait l'amour filial, et c'est bien à tort qu'on lui a reproché de n'avoir jamais parlé de sa mère •. Au contraire, nous serions tenté de voir dans le passage que nous venons d'analyser un souvenir personnel, exprimé avec la discrétion qui sied en pareille matière.

Tout en rendant justice aux femmes, en défendant leurs droits, en protestant contre le despotisme qui pesait sur elles, cii indiquant le rôle qu'elles devraient avoir dans la famille, Marivaux ne se fait pas scrupule de relever quelques-uns de leurs défauts. Comme on peut s'y attendre, c'est la coquetterie (|ui fournit la plus ample matière à ses observations. Il pouvait bien tout à l'heure l'excuser par l'examen des causes qui lentretiennenl ; il ne la méconnaît pas. Â ses yeux, quelles que puissent être les qualités et la vertu des femmes, la coquetterie n'y perd rien, car elle est le fond de leur nature :

Les femmes, dit-il, ont un sentiment de coquetterie qui ne désempare jamais de leur âme; il est violent dans les occasious d'éclat, quelquefois tranquille dans les indifférentes; mais toujours présent, toujours sur le qui-vive; c'est, en un mot, le mouvement perpétuel de leur âme, c'est le feu sacré qui ne s'éteint jamais. Une femme veut toujours plaire, sans le vouloir par une réûexiou expresse; la nature a mis ce sentiment chez elle à l'abri de la réflexion et de l'oubli. Une femme qui n'est pas coquette est une femme qui a cessé d'être^.

Outre les réflexions sur la coquetterie disséminées çà et là dans ses œuvres morales, il a écrit l'histoire complète d'une

Page 1