PHILOSOPHIE DE MARIVAUX
de la raison. Spiritualîste et chrétien, il n*essaie de prouver ni ses idées ni sa foi; lorsqu'il en parle, il laisse voir une timidité d'esprit, qui est tout le contraire de la philosophie. S'agit-il, par exemple, de l'existence de Dieu, il se contente de l'affirmer avec une éloquence chaleureuse ; il ne la prouve pas. Que les athées ne tentent point d'engager avec lui une discussion en règle : il ne daignera même pas réfuter leurs négations ; il procédera à leur égard par voie d'invçctive et de sarcasme :
On parle, dit-il, d'une espèce d'incrédules qu'on appelle athées. S'il y en a, ce que je ne crois pas, ce n'est point à force de raisonner qu'ils le deviennent. Quand ils auraient tout l'esprit possible, quand ils en feraient Tabus le plus fin et le plus subtil, ce n'est point de là que leur incrédulité tire sa force. Avec beaucoup de subtilité d'esprit, on peut s'égarer jusqu'à essayer de ne rien croire ; mais je crois qu'on n'y parviendra jamais. Il faut encore autre chose pour cela ; il faut être fait d'une certaine façon. On ne devient fermement incrédule que quand on est né avec le malheureux courage de rétre.... etc.*.
Dans un autre passage, il est aussi expéditif et plus dédaigneux encore. Il reçoit la visite d'un jeune « libertin » ; celui-ci voit sur la table de Marivaux des livres de piété et s'en moque. L'occasion est bonne pour serrer de près l'incrédule ; Marivaux va-t-il le faire parler pour le réfuter? Il préfère le tourner en ridicule ^. On a vu plus haut ' ce qu'il pensait de c certains savants faiseurs de système, que le vulgaire appelle philosophes ; » nous le verrons ^ faire aussi peu de cas de la philosophie comme science positive et soutenir que la littérature nous apprend tout autant.
Il s'en tient donc pour les grands problèmes philosophiques, ou aux solutions toutes faites, ou à de vagues méditations ; il développe en beau langage d'éternels lieux communs. Pour conclure à l'immortalité de l'âme, il se contentera de raisonner ainsi *
Y a-t-il rien de plus singulier que nous? D'une part, un corps qui occupe si peu de place, et qu'on a tant de peine à transporter. De
1. Le Spectateur français, quinzième feuille. i. Voy. ci-dessus, p. 92, n. 3.