‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 339 sur 445 · Le Cabinet du Philosopfu:, cinquième feuille · texte numérisé non relu

Le Cabinet du Philosopfu:, cinquième feuille

iU LE MORALISTE.

parmi nous qui puisse douler de la vérité de sa religion*? L'esprit pourrait-il s'égarer jusque-là?... Non, je ne Timagine pas. £h ! s'il y a même des impies, qu'ils fassent les incrédules là-dessus tant qu'ils voudront, mais qu'ils ne se flattent pas de l'être, car ils se trompent, et confondent les choses. Qu'ils s'examinent bien sérieusement;... je leur assure qulls ne trouveront en eux qu'un profond oubli de Dieu, qu'un violent dégoût pour tout ce qui peut les gêner dans leur libertinage, et qu'une malheureuse habitude de vivre à cet égard sans réflexion. C'est tout cela qu'ils prennent pour de l'incrédulité ; il ne peut pas y en avoir d'autre. Quand on n'aime pas ses devoirs, en sentant qu'ils sont incommodes, on croit voir qu'ils sont inutiles... Grâce au ciel, toute folle et toute dissipée que j'avais été pendant ma vie. Dieu ne m'avait pas abandonnée à ce point. J'avais eu plus de u^ligence que de haine pour mes devoirs... Je me reprochais d'avoir cm (la religion) comme font une infinité d'honnêtes gens dans le inoode, qui n'ont jamais songé à la révoquer en doute, qui frémiraient de le voir faire, mais qui, contents de s'appeler chrétiens, vivent avec ce nom-là qu'ils professent, tout aussi tranquilles que s'ils pratiquaient la chose *.

Celle qui tient ce langage, la coquette corrigée, est ramenée aux pratiques de la vie pieuse par la pensée de la mort. Elle a vu mourir une de ses amies et, depuis ce jour, elle ne cesse de penser au terrible moment qui doit arriver pour elle dans un avenir assez prochain. Il semble que cette pensée^ qui est d'un si grand secours en matière de foi, se soit souvent présentée avec force à Tesprit de Marivaux lui-môme. A plusieurs reprises, en eiïet, il a fait mourir des personnages de ses romans ou de ses Hctions morales, et toujours il a su rendre le triste spectacle de la fin d'une créature humaine avec une grandeur, une force, une sorte de poésie funèbre d'un puissant effet *. Ici, notamment, dans un petit roman d'un tour gracieux, d'une observation spirituelle et comme souriante, on est tout surpris, en arrivant à la conclusion, de se trouver en face d'un cadavre dont Taspect nous frappe presque autant que l'héroïne elle-même. Il convient de citer, pour montrer l'image que se faisait de la mort le gracieux auteur du Jeu (U l'Amour et du Hasard, cette page d'un coloris expressif et

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