‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 346 sur 445 · LE PAYSAN; MARIVAUX ET VIRGÎLE · texte numérisé non relu

LE PAYSAN; MARIVAUX ET VIRGÎLE

visage, vous frémiriez de Tinjure dont votre orjpieil contriste, étonne et désespère la généreuse fier lé de l*honnête homme qui a besoin de yous. Ces prestiges de vanité qui vous font oublier qui vous êtes, ces prestiges se dissiperaient, et la nature soulevée, en dépit de toutes vos chimères, vous ferait sentir qu'un homme quel qu'il soit est votre semblable*.

Dans un autre passage du même Spectateur, Marivaux se piatt à montrer ridicule le courtisan écrasé sous le poids de la disgrâce, et analyse avec une joie cruelle la tristesse du malheureux renvoyé dans ses terres. A sa fourberie, à son égoTsme féroce, à son orgueil enfin châtiés il compare la droiture, la naïveté, la bonhomie du paysan ; il établit un parallèle entre Texistence oisive et inutile de Pun et la vie laborieuse et fécondé de l'autre. A la manière dont il dépeint, sinon le bonheur, du moins la tranquillité d'âme du paysan, on voit qu'il eût été digne de comprendre et de goûter Virgile. Ceci est le commentaire naturel de cet admirable passage des Géorgiques * qui est dans toutes les mémoires :

Ne le trouves-tu pas heureux d*être si borné dans ses désirs?... Que (es hommes soient bons ou méchants, qu'ils se trahissent à la cour ou à la ville, qu'un ministre superbe les rebute ou les favorise, qu'ils courent après de grands emplois, qu'ils les manquent ou qu'ils les perdent avec désespoir, tous leurs soucis, leurs différentes sortes d'intérêts, tout ce que l'orgueil et l'ambition peuvent leur donner de malins plaisirs, ou leur causer de honteuses peines, tout ce fracas d'inquiétudes et de besoins surnuméraires, dont ils sont tourmentés, qui naissent de leur corruption irritée, qui leur gfttent le cœur, qui égarent leur esprit et les jettent, pour des bagatelles, dans un labyrinthe de fourberies et de scélératesse les uns contre les autres, tout cela n'est point de la connaissance du laboureur; c'est un état de trouble et de misère que sa condition lui épargne. Il pleut à propos, cela lui suflit; le voilà gai, mais gai comme un homme qui n'a eu que des désirs innocents, et qui les voit satisfaits. Sa gaieté ne suspend aucune autre inquiétude; il n'a d'autre affaire que d'en jouir; elle ne fait trêve à aucun intérêt qu'il faille ménager le lendemain; son âme se repose tout entière, et le bonhomme se couche content, se lève de même, reprend sou travail avec plaisir, et meurt aussi tranquillement qu'il a vécu. Une vie passée dans le repos a cela d'heureux, qu'elle est douce pendant qu'on en jouit, et qu'on ne s'y trouve point attaché quand on la quitte. Les adieux d'un paysan sont bientôt faits lorsqu'il

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