‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 347 sur 445 · Uvre II, V · texte numérisé non relu

Uvre II, V

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meurt; son âme n*a pas contracté de grandes liaisons, n'a pas souffert de ces secousses violentes qui laissent tant d*ardeurs pour la vie. La mort ne la rappelle pas de bien loin quand il faut qu'elle parle; elle ne tient presque à rien^

Ces dernières lignes surtout sont touchantes et d'un sentiment vrai. On peut trouver que Marivaux, comme Virgile du reste, idéalise un peu le bonheur de la vie champéti*e, mais c'est le droit des poètes, et, n'eût-il que cette page, Marivaux mériterait d'être rangé parmi eux, si la poésie consiste à traduire, avec ou sans le secours du rythme et de la mesure, ce caractère indéfinissable des idées, des êtres ou des choses, qui va jusqu'à l'âme, touche, émeut, fait rêver. Celte mort, dans sa sérénité mélancolique, complète sans TasàGmbrir, le tableau de Virgile *.

La haine de Marivaux pour le courtisan est si forte, qu'elle le pousse à la déclamation ; elle en fait presque un socialiste ; elle l'empêche de prendre son parti, non pas de l'inégalité des conditions, mais même de l'inégale distribution des richesses. Voit-il passer un seigneur, éblouissant dans un habit brodé, sa bile s'échauiïe, sa colère s'allume, et, dans une tirade à

1. Le Spectateur français^ vingt-quatrième feuilfe. — On dirait que, dons ce passage, Marivaux 8*est souvenu de Montaigne, un des rares unteun quM'I aimât (voy. ci-après, p. 546) . Parlant de la peste qui ravageait le Périgord, Montaigne constat» le courage simple et tranquille avec lequel ses paysans savaient mourir : « Je ne veis iamais, dit -il, païsan de mes voysios entrer en cogitation de quelle contenance et asseurance il passoroit cette heure dernière : nature lui apprend à ne songer à la mort que quand il » meurt. » (Essavs^ livre III, chap. xu.) Voy. les réflexions que ce courage lui inspire.

2. Compares encore à ce passage de Marivaux le début d*une pièce de M. Yv, Coppée, les ÉmigrantSj dans Us Humbles, C'est le même sentiment, avec une sympathie plus profonde encore, et le charme de la forme poétique :

Oh! comme jo les plains, les liuiiibles, les petits,

Tous ceux-là qui sont nd.s et qui vivent blottie

Timidement, autour d'un clocher de village ;

Ceux que relient, bien mieux que l'ancien vassela^re

Et que tous les vieux jouf^s du monde féodal

L'dtroit et tendre amour de leur pays natal ;

Ceux-là que le galop d'un voyageur étonne,

Qui sentent que le vrai bonheur est monotone

Et qui ne ventent pas d'autre sort que le sort '

De leurs pères, de qui la naissance et la mort

S'inscrivaient, — c'était tout, — aux marge* d'une Bible .. ele.

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