‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 353 sur 445 · L[A CRITIQUE SELON MARIVAUX. M · texte numérisé non relu

L[A CRITIQUE SELON MARIVAUX. M

très médioeiement représenlée jusqu'aux environs de 1150. Destontaines, Boindin, Clémeiity etc.^ étaiéut de médiocres censeurs et de pauvres caractères, plus gazetîers que littérateurs ^ Les critiques dignes de ce nom n'apparaissent que dans la seconde moitié du siècle, où d'Alembert, Grimni, La Harpe, Chamfort, Harmontel relèvent une profession avilie.

Du reste, Marivaux n'était pas bostile à la critique elle-même. Il reconnaissait qu'elle peut rendre des services, à la condition de renoncer au système et au parti pris ; et, dans un passage excellent , il marque les règles qu'il souhaiterait lui voir suivre :

Je voudrais des critiques qui pusseut corriger et non pas gâter, qui réformassent ce qu'il y aurait de défectueux dans le caractère d'esprit d'un auteur, et qui ue lui fissent pas quitter ce caractère. Il faudrait aussi pour cela, s'il était possible, que la malice ou rinimitié des partis n'altérât pas les lumières de la plupart des hommes, ne leur dérobât point Thonneur de se juger équitableraent, n'employât pas toute leur attention à s'humilier les uns les autres, â déshonorer ce que leurs talents peuvent avoir d'heureux, â se ruiner réciproquement

ci-aprèft, chap. v) qu'U n'y a point de différence entre bien penser et bien écrire. J'en convieiis quant aux ouvrages d'esprit. Aussi, si je disais que le st3fle de tel auteur est ridicule, je prétendrais en même temps qu*il pense rtdiculeaiettt (suit une citation de Harivavs). Ksl-ee iin erime de dire que de semblables expressions sont ridicules T £st-là insulter un honnête hooune? Est-ce écrire contre la Religion, contre l'Etat, ou blesser les Jois de la société? (Voy. ci-dessus, p. 94, et ct-aprés;) U n*y a, ce me semble, aucune loi qui empêche de dire que tel ou tel écrivain denne dans le précieux. D'ailleurs, il est dans Tintérêt dti public que cela se dise hautement et librement, de peur que le bon guftt ne se perde, de pettr que les Jeunes gens ne prennent pour modèle des auteurs qui les égareraient. Que tout auteur qui se plaint se corrige ou n'écrive plus : toUâ toot le remède. Si c'est à tort qu'on l'a censuré, tant pis pour le censeur. Le pubUe^ qui est juge, le punira de sa critique par le mépris qu'il en fera. » (Le Pour et (è Contre, U III, p. 419.)

1. La critique n'existe pas encore au setsième siècle. An dix-septièffle, le Discours sur Part dramatique de Gomeillè^ quelques pages exquises de La Bruyère, deux charmants petits ouvrages de Fénelon, VArt poétique de Boileau, voilà tout ce qui la représente cbei les écrivains supérieurs; les autres, parfois ingénieux et fins, comme le P. Bouhours, sont phit Souvent pédants et bornés, comme l'abbé d'Anbignae, sottisiers^ eemme FttreUère (voy. V. Fournel, la Critique littéraire au dix-septième siècle, dans ion ouvrage sur la Littérature indépendante^^, S30 etsuiv.). — Dans une page écrite de verve {Smtveaux Lundis, t. Vil, p. âS2-ft9â), Mnle-Beuve a caractérisé en quelques traits fort vigoureux les critiques dtt siède dernier.

dans l'esprit du public; de façon que, sur leur rapport, vous, lecteur, vous méprisez souvent des ouvrages que vous estimeriez^.

Il voudrait surtout que la critique renonçât à ces personnalités injurieuses, qu'elle a trop aimées de tout tennps, surtout au dix-huitième siècle, et qui la déshonorent. II voudrait que, se bornant à juger Técrivain, elle respectât toujours rhomme, car celui-ci^ pour livrer au public ses écrits, n'enlend pas lui abandonner sa personne :

Qu'un hoDome qui a du jugement, ou qui n'en a pas, critique les ouvrages de nos meilleurs auteurs vivants, ou d'auteurs médiocres; qu'il les trouve absolument mauvais, cela lui est permis ; il n'y a rien à lui dire tant qu'il n'attaquera que les productions ; ceux qui les ont faites n'ont qu'à ne plus écrire, si la critique d'un homme qai juge bien, ou qui ne dit que des sottises, les scandalise. Mais, que ce même homme, non content de critiquer bien ou mal un oumge, enveloppe insensiblement dans sa criliqueune satire contre l'auteur, et jette un ridicule sur sou caractère, il me semble que c*est cequ'oa ne devrait jamais lui passer, et que l'on ne ménage pas assez l'honnêteté publique en donnant passe-porl à de pareilles choses*. Quand j'étais jeune, j'aurais vécu poliment avec mon critique : mais t l'égard d'un satirique, oh ! il m'aurait déplu, et j'avais un honneur bouillant qui aurait eu besoin d'un tuteur pour être sage^.

Ne dirait-on pas, à ces derniers mots, que Marivaux, gentilhomme de naissance et galant homme dans Texercice de son

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